Mais où est passée la tolérance du Dalaï-lama ?

Celui qui représente l'autorité spirituelle bouddhiste à travers le monde s'est lâché dans une interview accordée à la BBC. Et a pas mal dérapé sur des sujets aussi actuels que l'immigration ou la place de la femme.

©Belga

Déception et incompréhension. Ce sont les mots qui définissent le plus notre état d’esprit après avoir entendu les derniers propos du Dalaï-lama, figure de sagesse et de pacifisme. On comptait sur lui pour tenir la baraque en 2019 mais apparemment il va falloir se faire une raison, le combat pour l’égalité est encore loin d’être gagné. Interviewé par la BBC, la journaliste Rajini Vaidyanathan l’a confronté à des déclarations datant de 2015 où il affirmait que si une femme lui succédait, elle se devait d’être attirante. Et loin de se démentir, Tenzin Gyatso (le vrai nom du 14e Dalaï-lama) en a plutôt rajouté une couche, signalant que dans le bouddhisme, la beauté extérieure comptait autant que la beauté intérieure et que par conséquent, les femmes ne devaient pas sortir sans maquillage. Ne mesurant probablement pas l’ampleur de ses propos, il s’est pris un retour de bâton violent sur les réseaux sociaux.

Un comble pour celui qui, à l’origine, était plutôt considéré comme un défenseur de la femme au cœur d’une religion dominée par les hommes. Dans son Manifeste, il confiait vouloir se réincarner en femme car « biologiquement parlant, elles ont plus de potentiel pour développer de l’affection ou de l’amour pour autrui et peuvent, exercer une meilleure influence sur la société ». L’argument était bancal mais le fait semblait entendu : Tenzin Gyatso militait pour l’égalité des sexes.

L’Europe aux européens

Pourtant, d’exemple il est devenu paria en quelques prises de paroles seulement. Car s’il évoque brièvement Donald Trump, avec lequel il signale n’avoir encore eu aucun contact et qu’il estime « émotionnel et trop compliqué« , il a encore choqué en appelant les pays européens à éviter une immigration de masse, insistant sur le fait que « l’Europe est aux européens ». « Un nombre limité (de réfugiés), ça va. Sinon, toute l’Europe deviendra un jour musulmane ou africaine, c’est impossible. » Il estime que si le Vieux continent doit prendre l’éducation et la formation des réfugiés en charge, ces derniers devraient ensuite retourner sur leurs terres, forts de nouvelles compétences, pour remettre leur pays sur pied.

Une prise de position étonnante quand on sait qu’il a lui-même fui le Tibet et l’oppresseur chinois dans les années 50 et qu’il vit depuis cinquante ans à Dharamsala, dans le nord de l’Inde. On se demande aujourd’hui comment l’homme de 84 ans va se dépêtrer de ce bad buzz et réhabiliter tout un courant régulièrement pris en exemple mais déjà mis à mal ces derniers temps par le moine nationaliste et islamophobe Ashin Wirathu. Considéré comme le « Ben Laden bouddhiste », Wirathu a monté le mouvement 969 dont l’influence sur la politique birmane ne fait que croitre. Au point d’occuper une place centrale dans l’oppression des Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie. Le Dalaï-lama est idéologiquement encore très loin du bonhomme, mais on attend de lui qu’il incarne l’infinie tolérance qui entoure la philosophie bouddhiste. Et on commence à en douter…

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