Les jeunes Belges sont-ils nuls en langues étrangères ?

En Belgique, les 15 - 30 ans ne brillent pas particulièrement par leur maîtrise des langues étrangères. Sommes nous vraiment si mauvais que ça?

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Quel pourcentage de Belges âgés entre 15 et 30 ans savent-ils lire et écrire dans au moins une langue étrangère (comprenez une autre que leur langue maternelle)? 77%. Pas mal, surtout lorsqu’on compare ce résultat avec celui du Royaume-Uni, pire élève de la classe européenne avec seulement 32% de jeunes parlant autre chose que l’anglais (pour rappel la langue la plus parlée dans le monde avec 1,121 milliard de locuteurs). Mais on déchante vite lorsqu’on se rend compte que notre pays ne se positionne qu’à la 4ème… plus mauvaise place (sur 28) du classement établi par la Commission européenne. C’est juste derrière les Français, pourtant réputés frileux en langues étrangères (5ème avec 79%), et très loin des Pays-Bas (3ème ex-aequo avec la Suède avec 97%) et du Danemark qui occupe la première place avec 99% (!) des 15-30 ans qui maîtrisent au moins une langue étrangère.

Cet euro-baromètre (établi en 2018) donne tout de même un sentiment de gêne pour la « génération Erasmus » belge, qui se situe sous la moyenne européenne (voir ci-dessous)… Mais il faut (légèrement) nuancer ce constat. En effet, 37% des répondants belges déclarent pouvoir lire et écrire dans au moins deux langues « étrangères » (soit le néerlandais, soit le français, plus l’anglais), et il s’agit cette fois d’une des meilleures moyennes de l’Union. La Finlande fait aussi bien, la Slovaquie et la Slovénie font légèrement mieux (40%), de même que Malte (46%). Il y a un fossé de 20% avec la Lettonie (57%) et un gouffre avec nos voisins Luxembourgeois, où 69% des 15-30 ans parlent au moins quatre langues (!) différentes.

European Commission

Dans combien de langues pouvez lire et écrire (langue maternelle incluse) : source Comission européenne

Au Royaume des trois langues nationales (français, néerlandais, allemand), le multilinguisme ne devrait-il pas être un atout cultivé dès le plus jeune âge ? Qui plus est avec Bruxelles, capitale partagée avec l’Europe où – malgré le Brexit – l’anglais s’est depuis longtemps imposée comme langue commune au sein des institutions ?

Ik hou van jou, moi non plus. So what ?

De part et d’autre de la frontière linguistique, il n’existe pas une école bilingue (pour ne pas dire trilingue) dans l’enseignement subventionné, pas même à Bruxelles. La faute au contexte communautaire qui a conduit, des lois linguistiques de 1963 à la communautarisation de l’enseignement en 1988, et à la séparation des mondes unilingues francophone et néerlandophone, y compris dans la capitale. La Belgique semble se diriger vers un monolinguisme ou simple bilinguisme (trilinguisme) dans ses régions/communautés. Difficile dès lors de motiver les jeunes à apprendre une langue dont ils n’ont pas d’utilité dans la vie de tous les jours.

C’est pourtant le cas avec le Français en Flandre, et le néerlandais en Fédération Wallonie-Bruxelles, qui sont bien souvent les seuls langues enseignées à l’école primaire, l’anglais ne faisant son apparition qu’en secondaire… Au Danemark, l’apprentissage de l’anglais est obligatoire dès l’âge de 9 ans. Former des citoyens multilingues passe-t-il par l’école en immersion, où les enfants sont sensibilisés à l’apprentissage des langues beaucoup plus jeunes ? L’enseignement en immersion au cours duquel les matières scolaires sont dispensées dans une autre langue que celle de l’enseignement général est autorisé en Fédération Wallonie-Bruxelles pour le néerlandais, l’allemand et l’anglais depuis 1998.

Mais selon des chercheurs de l’UCLouvain et l’UNamur, il ne faut pas surestimer les effets de cette méthode didactique. “Des résultats similaires peuvent être obtenus dans l’enseignement traditionnel” en proposant par exemple plus de contacts avec des locuteurs natifs ou en repensant le lien entre langue et matières. “L’immersion attire un public privilégié au niveau socio-culturel, familial et scolaire”, soulignent les deux universités qui ont suivi plus de 900 enfants de la 5e primaire à la 6e secondaire dans 22 écoles wallonnes d’immersion en anglais et en néerlandais pendant deux années scolaires. Ainsi, tous les élèves interrogés font preuve de motivation à l’école… avec toutefois un bémol pour le néerlandais en secondaire. “Les attitudes varient surtout au niveau de la langue cible, l’anglais s’avérant plus attrayant que le néerlandais. » 

Faut-il instaurer l’apprentissage de l’anglais à l’école avant celui du néerlandais dans les écoles francophones et du français en Flandre. En plus de figurer plus haut dans les classements européens, cela nous permettrait peut-être déjà de mieux nous comprendre au sein du même pays.

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