Charles Michel, le profil du gendre européen idéal

Un honneur et une porte de sortie ? Comment estimer la nomination de Charles Michel à la présidence du Conseil européen ? Quentin Michel, expert en affaires européennes de l'ULiège répond.

belgaimage-152257203-full

« Pour la Belgique, c’est d’abord et avant tout un honneur », pose Quentin Michel. C’est ainsi la seconde fois que notre pays emporte ce poste qui est des fonctions les plus hautement symbolique au sommet de l’Europe. Le poste de président du conseil européen existe depuis le traité de Lisbonne en 2008. « On s’est vite rendu compte qu’en Europe on avait besoin de l’aval des différents chefs d’Etats pour avancer. Dans les années 70, on avait des conseils informels pour obtenir des consensus qui vont de la couleur bordeaux du passeport aux cruciales questions budgétaires. En 2008, on a donné au conseil un rôle formel et officiel. » Le Conseil européen ne fait en rien les législations européennes mais il définit les grandes lignes de force politique. « Il joue aussi le rôle d’organe d’appel quand on n’arrive pas à se mettre d’accord. C’est un organe de décision politique des Etats membres. »

Gendre idéal

« Il fallait quelqu’un de centre-droite. Ce sont les chefs d’Etats qui ont élu Charles Michel et on peut dire qu’il a le profil du gendre idéal. Il ne fait pas de vagues. C’est plutôt un euro-enthousiaste. Il ne prend pas de positions trop tranchées. » L’affaire a ainsi été faite. Les chefs d’Etats européens, qui l’ont élu, ont été séduits. Emmanuel Macron, dont on connaît l’amitié pour notre Premier ministre, a dû pousser l’idée avec ce petit bonus qui plaît à la France : Charles Michel parle français. Or les deux langues officielles en politique étrangère sont l’anglais et encore toujours le français même s’il est en recul. Et puis, un Belge, ça correspond aussi à un savoir-faire apprécié, celui du sens du compromis. Herman Van Rompuy, qui a été le premier à occuper ce poste avait certainement déjà été choisi sur cette base. « La Belgique est une terre de compromis », pose Quentin Michel.

Fonction très symbolique

Charles Michel à cette présidence ? Il pourra briller, aider, chercher des accords. Mais cela reste plutôt symbolique. « Il ne décidera pas de grand-chose », pointe Quentin Michel. Ce n’est pas non plus un rôle de représentation de notre pays. Au contraire. « Charles Michel n’est plus là en tant que belge. Il se doit en quelque sorte d’être asexué. Le président du Conseil est au-dessus des nations. Il disparaît de la scène belge pour devenir Monsieur Europe. Son job est de coordonner et de parvenir à ce que les chefs d’Etats se mettent d’accord ». Pour la Belgique, cette nomination risque d’entraîner un jeu de domino pour la fonction de Premier ministre – au bénéfice de Didier Reynders – au sein de l’actuel imbroglio qui résulte des élections du 26 mai dernier. Exit Charles Michel ? « Du point de vue belge, c’est clairement une porte de sortie ».

 

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité