Football : Megan Rapinoe, la capitaine qui défie le gouvernement américain

Ce soir, Françaises et Américaines s'affrontent dans ce qui constitue le plus gros choc depuis le début du Mondial. Mais pour plusieurs stars de l'équipe US, les défis dépassent largement le cadre du terrain. En particulier pour sa capitaine. 

© Belga

« Je ne mettrai probablement plus jamais ma main sur le cœur. Je ne chanterai probablement plus jamais l’hymne national. » Ce moment où résonne un Star-Spangled Banner repris en chœur et la main sur le cœur par les supporters et les joueuses américaines est peut-être le seul moment où Megan Rapinoe se tait. Dans un sport où l’engagement comporte plus de risques que d’admiration (en particulier chez les mecs), l’ailière américaine détonne.

Son hymne, elle le maltraite depuis près de trois ans maintenant. La première fois, elle suit le joueur de foot américain Colin Kaepernick et pose un genou à terre en signe de protestation face aux violences policières qui s’accumulent contre la communauté afro-américaine. Elle raconte qu’un soir, alors qu’elle est à l’hôtel avec son équipe nationale, un jeune Noir est abattu par un policier à quelques rues de là. « J’ai choisi de poser un genou par terre parce que je ne peux tout simplement pas supporter que mon pays opprime son propre peuple. » Des propos qui font écho à ses déclarations de 2016, déjà. « En tant qu’homosexuelle américaine, je sais très bien ce que signifie regarder le drapeau et ne pas avoir le sentiment qu’il protège toutes vos libertés. »

Sa voix porte et compte aux States. Car en plus d’être diplômée en sciences politiques et en sociologie, elle a le palmarès qui va avec son talent. Championne olympique et du monde, elle fait figure de légende au sein d’une équipe habituée à gagner. La guerrière aux cheveux peroxydés, puis blonds, puis mauves, puis roses, puis blonds, puis mauves est parvenue à se rendre indispensable tout en embarrassant constamment sa fédération. Car elle est de tous les combats et l’ouvrent sur tout.

Ce samedi, elle fera la Une de Sports Illustrated avec sa compagne, la basketteuse Sue Bird. Et la nouvelle n’a rien d’anodin, puisque c’est la première fois que le célèbre magazine affiche un.e sportif.ve homosexuel.le en couverture.

« Putain de Maison blanche »

Elle n’a jamais caché sa haine envers le président Trump. Il est « sexiste », « misogyne », « mesquin », « raciste » et « une mauvaise personne ». Une chose est certaine, en cas de victoire finale lors de cette Coupe du monde, elle ne mettra pas les pieds à la « fucking White House ». Et elle n’est pas la seule. L’immense Alex Morgan, qui à 29 ans a déjà empilé une centaine de buts avec les Stars and Stripes, a également annoncé vouloir boycotter une éventuelle visite à la Maison blanche. « Je ne suis pas favorable à beaucoup de choses que l’administration actuelle défend. Il y a un discours qu’on a entendu des centaines de fois à propos des sportifs qui est : ‘Limitez-vous au sport !’, mais on est bien plus que ça, OK ? »

La buteuse s’est aussi publiquement attaquée à la politique d’immigration du gouvernement américain et en particulier au mur souhaité par Trump à la frontière mexicaine. En 2016, Morgan et Rapinoe, rejointes par d’autres grand nom du foot féminin US comme Hope Solo ou Carli Lloyd, ont initié un mouvement sans précédent dans la lutte pour l’égalité des salaires entre les joueuses et les joueurs américains, dans un pays où les performances balle aux pieds des femmes génèrent plus de revenus que celles des hommes.

Si ses prises de position n’ont pas encore couté trop cher à Alex Morgan. Megan Rapinoe doit, elle, encaisser les attaques sur les réseaux sociaux et les sifflets dans les stades. Elle a en outre perdu sa place en équipe nationale durant quelques mois et a dû batailler pour la récupérer. « Je sais que cela [mon engagement] peut me coûter cher, au propre comme au figuré, mais je me vois comme un porte-voix et c’est un rôle que j’assume complètement. » Et à sa mère, qui s’inquiète de la voir constamment en première ligne, elle répond : « j’ai une grande gueule et je vis très bien avec. »

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