Le violentomètre, ce nouvel outil (pas assez utile) pour lutter contre les violences conjugales

En France, le violentomètre fait son chemin sur les réseaux sociaux. L’idée: savoir si on est victime de violences conjugales grâce à un baromètre qui définit si la relation est saine. À quand les vraies mesures contre les féminicides?

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Depuis plusieurs jours, un nouvel outil pour lutter contre les violences conjugales circule sur les réseaux sociaux et dans les médias: le violentomètre. Pourtant, c’est fin 2018 qu’il est imaginé en France par l’observatoire de la Seine-Saint-Denis des violences faites aux femmes en collaboration avec l’association En Avant Toute(s), sans pour autant faire beaucoup de bruit chez nos voisins français. Jeudi dernier, une jeune femme publie une photo du violentomètre sur Twitter et là, la magie des réseaux sociaux fait son boulot. 36.000 retweets et plus ou moins le même nombre de likes plus tard, l’outil attire finalement l’attention qu’il mérite.

L’idée est aussi simple qu’efficace: un baromètre avec différentes situations afin d’évaluer si la relation amoureuse dans laquelle on se trouve est saine ou pas. Distribué sur les festivals d’été et autres évènements pour sensibiliser tant les femmes que les hommes, le violentomètre a le mérite d’exister. Faute de mieux.

En France, plus de 60 femmes ont perdu la vie sous les coups de leur conjoint depuis le début de l’année. Des féminicides chaque année de plus en plus nombreux et peu punis. Faute de politique ambitieuse, les associations de soutien aux femmes se voient dans l’obligation d’inventer des outils dans le genre du violentomètre. « Des gadgets », tranche la secrétaire politique de Vie féminine, Hafida Bachir. « Certes toutes ces petites mesures sont importantes, mais elles ne suffisent absolument pas. » En Belgique, où une dizaine de féminicides a déjà eu lieu en 2019, peu d’outils similaires au violentomètre existe. « À ma connaissance, il n’y a que l’application Touche pas à ma pote lancée l’année dernière. Mais elle lutte contre le harcèlement de rue, pas contre les violences conjugales », poursuit Hafida Bachir.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

« Maureen, battue à mort », « Pierrette poignardée », « Taina, battue à coups de barre de fer » Inscrits à la peinture noire sur les poitrines des #Femen, les noms des 60 femmes tuées par leur conjoint ou ex depuis le début de l’année. Le collectif a mené jeudi dernier une nouvelle action coup de poing pour dénoncer l’inactivité du gouvernement face aux nombreux #féminicides . Et une fois de plus, elles ont fait tomber le maillot pour se faire entendre. Connu pour manifester en public seins nus, le collectif est régulièrement condamné pour « exhibition sexuelle ». Le lundi 27 mai, deux Femen ont ainsi été condamnées à 1000 euros d’amende avec sursis pour avoir manifesté en novembre dernier lors du centenaire de l’armistice. Pour le tribunal en charge de l’affaire, la poitrine a une connotation sexuelle « acquis[e] socialement » et juge donc cette action trop extrême : « Ça fait des millénaires que les seins sont un organe sexuel chez la femme. » Inna Shevchenko @innafemen , leader de ce mouvement féministe en place depuis 2008, refusait autrefois de manifester topless :  » À l’époque, j’avais une perception sexiste de mon corps. Pour moi, la nudité était sexuelle. » Mais aujourd’hui, elle affirme que le corps peut être utilisé comme une bannière politique, et non pas sexuelle. D’ailleurs, les Femen n’ont pas toujours manifesté seins nus. À la naissance du mouvement, t-shirt et ballons roses étaient de rigueur. C’est quand l’une d’entre elles a perdu sa bretelle de soutien-gorge en pleine manifestation que l’idée a fait « tilt » dans leur esprit. En manifestant topless, les Femen poursuivent plusieurs objectifs : attirer l’attention sur les causes qu’elles défendent, mais aussi se réapproprier leur corps en l’exposant dans une société dominée par les hommes, et se libérer de l’emprise qu’a la société sur les attributs féminins, en les brandissant comme une arme politique. Une arme puissante.

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Le casse-tête classique belge

Pour Vie féminine, et les autres associations de femmes, rien ne sert de lancer des outils sans politique « globale, ambitieuse et coordonnée ». Sauf qu’une fois n’est pas coutume, les différents niveaux de pouvoir belges sont incapables de s’accorder et de proposer un plan national. Consultées par les informateurs en charge de constituer notre futur gouvernement, les associations appellent à la mise en œuvre de la convention d’Istanbul. Ce texte du Conseil de l’Europe vise à prévenir et lutter contre toutes les formes de violence à l’égard des femmes. Une convention signée par la Belgique en mars 2016 mais dont les effets tardent à se faire voir. « Par exemple, la convention d’Istanbul prévoit trois niveaux d’action: la prévention, la protection des victimes et la poursuite des coupables. Sauf qu’en Belgique, ces trois éléments se situent à trois niveaux de pouvoir différents ce qui complique la possibilité d’un plan national budgétisé ».

Parmi tout ce qu’il reste à faire, la secrétaire politique de Vie féminine pointe une poignée d’éléments: mettre en place des formations pour que tous les acteurs en contact avec des femmes victimes de violences conjugales soient aptes à réagir, présenter ces violences comme un « rapport de domination » et pas un « problème de communication », permettre à toutes les femmes de bénéficier d’un service d’aide gratuit « même si il s’agit de migrantes », appuie Hafida Bachir. « On ne peut pas continuer à voir les femmes mourir sans rien faire ». Non, on ne peut pas.

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