Monsieur Météo-Mons: « Je ne suis pas un adepte du réchauffement climatique »

Chaque jour, Farid partage un bulletin météo sur sa page Facebook avec ses 120.000 fans. Face au succès, il envisage maintenant de faire de sa passion un métier.

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Farid el Mokaddem, 33 ans, a créé sa page Facebook « Météo-Mons » il y a cinq ans sur les bons conseils de sa fiancée. « À cette époque, je travaillais comme consultant dans le secteur des cosmétiques et j’ai fait un burn-out. Je m’ennuyais beaucoup à la maison et j’ai créé cette page pour passer le temps« , confie-t-il. Il a depuis retrouvé un job de vendeur dans un magasin de meubles sans lâcher sa passion. « J’ai rapidement eu 500, 1.000, 4.000 abonnés. Ça m’a encouragé à continuer. Maintenant, j’ai dépassé les 120.000 fans sur ma page. En quatre jours, j’en ai gagné 7.000. C’était inimaginable. » Désormais, les clients lui demandent même des selfies.

En quoi la météo vous fascine-t-elle tant?
Je suis passionné par les phénomènes climatiques depuis tout petit. J’observais les orages, la neige. J’ai rapidement souhaité comprendre comment tout cela fonctionnait. Pendant mon adolescence, à l’arrivée d’internet, j’ai commencé à me documenter. Je surfais sur des forums de discussion, je rencontrais des gens qui avaient la même passion que moi. Au fil du temps, ma passion est devenue de plus en plus grande. J’ai acheté une station météo afin d’observer le temps, de l’interpréter, de faire des graphiques.

La météorologie est facile à apprendre en autodidacte?
Non, ce n’est pas évident. J’ai une formation scientifique datant de l’école secondaire. Plus tard, j’ai fait deux ans de médecine. Ça m’a aidé à acquérir de bonnes connaissances scientifiques. Dans la météo, il y a beaucoup de physique, de thermodynamique. Si on veut comprendre les phénomènes en profondeur, il faut avoir ces bases. Avant de me rediriger vers des études en commerce international, j’avais l’âme d’un scientifique.

Pourquoi n’avez-vous pas étudié la météorologie à l’université?
Je me pose toujours la question! Mais les gens qui présentent la météo à la télé ne sortent pas forcément de cette formation. Je me dis qu’il y a toujours un espoir de passer par une autre porte.

Présenter le bulletin à la télé est votre objectif?
Présenter la météo à la télé est toujours un rêve de gosse. Mais si je peux déjà travailler dans ce secteur, préparer des bulletins, je serais ravi. Depuis plusieurs mois, j’ai des propositions de partenariat grâce à ma page Facebook. Notamment de Pairi Daiza, de la Ville de Mons, de certains agriculteurs, de clubs sportifs… Comme je suis salarié dans un magasin,  je ne peux pas accepter. J’ai donc pour projet de devenir indépendant complémentaire. En fin de compte, j’ai envie de vivre de la météo.

Que vos analyses peuvent-elles apporter à ces partenaires?
J’analyse la météo de façon précise et ciblée. C’est ce que je fais à Mons depuis longtemps. Il existe plusieurs modèles de prévisions. Des américains, des européens, etc. À chaque fois, il y a une vingtaine de scénarios possibles. Ce sont des probabilités. Mon analyse peut en intéresser certains.  

Pourquoi la météo se trompe souvent?
Ce n’est pas qu’elle se trompe, c’est qu’elle n’est pas assez précise. Je ne donne pas de leçons, mais à la météo nationale, il y a pas mal de choses à corriger. Désormais, elle se limite à parler du nord, du centre, du sud. À Mons, les gens me demandent encore si la Région est au centre, à l’ouest, au sud. On ne sait pas vraiment ce qu’il va se passer à Mons. Le problème n’est pas les calculs mais la manière de présenter. On devrait parler au minimum de chaque province. Par exemple, on évoque souvent de la neige dans le sillon Sambre-et-Meuse en hiver. C’est vrai, mais on peut monter plus haut au nord du sillon qu’au sud. On ne précise jamais cela et après, on est surpris car il neige à 10 kilomètres de Mons, mais pas à Mons.

Comme l’an dernier, on va largement connaître la canicule cet été. On le doit au réchauffement climatique?
Je ne suis pas spécialiste de la climatologie. Cela étant dit, je ne suis pas un adepte du réchauffement climatique. Je pense qu’il y a eu des périodes sur Terre qui ont été très chaudes et d’autres très froides. L’Antarctique est par exemple beaucoup plus froid que la normale. À certains endroits en Arctique, on a même gagné en glace cet hiver (NDLR: Il y a débat. Des études de la NASA attestent en effet que la couche de glace croit plus vite qu’elle ne fond, mais les résultats sont contestés par de nombreux scientifiques).

Donc le réchauffement climatique ne vous inquiète pas?
Je suis plus inquiet par la pollution, le plastique dans les océans que par le réchauffement climatique. Je sais qu’il y a des défenseurs même parmi les météorologues et les passionnés. Je ne suis pas spécialiste de la climatologie. Il y a aussi des arguments disant que le réchauffement climatique est en train de se tasser. C’est une question compliquée.

Vous préférez la neige ou le soleil de plomb?
J’adore l’orage et la neige, les phénomènes qui sortent de l’ordinaire, lorsqu’il y a de l’animation. Je remarque que c’est ce que les gens préfèrent aussi. À chaque fois que ça arrive, il y a plus de trafic sur ma page. Les gens partagent leurs photos et vidéos. Il y a des publications qui font des dizaines de milliers de likes, parfois des millions de vues sur une journée.

Gérez votre page vous prend combien de temps?
Quand il fait calme, qu’il n’y a pas beaucoup de choses à expliquer ou à prévoir, une demi-heure par jour. Un bulletin, c’est fait rapidement. J’y réfléchis la journée, je regarde les modèles à mes pauses. S’il y a de l’animation, une vague de chaleur, ça peut prendre 1h ou 1h30 par jour. Par contre, ma chaîne YouTube est un peu à l’arrêt. Je vais la reprendre. Ça demande un peu plus de temps. Je voudrais poster une ou deux vidéos par semaine avec un fond vert. Faire quelque chose d’attrayant et pas trop long. Je vais profiter de mes congés qui arrivent en cette deuxième partie d’année pour m’y mettre sérieusement, car je crois qu’on est plus rapidement repéré sur YouTube que sur Facebook.     
    
En Belgique, vu le climat, votre passion revient à annoncer de mauvaises nouvelles aux gens… Ce n’est pas trop déprimant? 
(Rires.) Il y a beaucoup de pays où il pleut beaucoup plus qu’en Belgique. Chez nous, il pleut assez peu sur la côte et le centre. Plus sur les Ardennes. Au contraire, je suis ravi de partager ma passion en Belgique. Il y a plein de choses intéressantes à analyser et observer.

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