Comment Michael Jackson a réinventé le clip musical

Il y a dix ans mourrait Michael Jackson. Rattrapé par des affaires de pédophilies qui polarisent pro et anti, il n'en demeure pas moins l'artiste qui a révolutionné les codes de l'industrie musicale. Il reste encore du MJ un peu partout dans la pop-culture.

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Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait lors de la mort de Michael Jackson, le soir du 25 ou le matin du 26 juin 2009. Dix ans plus tard, l’esprit du Roi de la Pop hante encore les stations radio de toute la planète. Si son œuvre souffre d’affaires qu’il n’est pas nécessaire de rappeler, personne ne conteste l’héritage d’un homme qui a changé la face de la musique. Un artiste complet qui a plusieurs fois redéfini les codes. Ses pas de danse, ses mimiques et son look ont été copiés à l’envi par des millions d’adorateurs aux quatre coins du monde. Youtube pullule de vidéos d’apprentis MJ ou de sosies imitant notamment le célèbre Moonwalk ou le « waaaouh » aigu à en faire mal à la gorge. Il est également, selon de nombreux spécialistes, le premier à avoir mêler des sonorités souls avec la pop music qui commençait à émerger.

Mais il a surtout révolutionné le concept de clip musical. En 1983, celui de Thriller débarque dans les foyers et effraye la ménagère. Un an plus tôt, il forçait déjà le public à scruter l’écran en écoutant son Beat It, à la force d’un storytelling dans lequel la danse réconcilie deux gangs rivaux. Mais c’est Thriller et ses treize minutes d’horreur qui permettent d’appréhender l’ambition de Michael Jackson. Elle se combine à l’arrivée de la nouvelle chaine cool MTV qui offre un écho bienvenu à ces court-métrages d’un genre nouveau. C’est John Landis, le papa des Blues Brothers, qui réalise cette folie à 800.000 dollars, à base de loups-garous, de zombies et de mises en abyme, et fait entrer les procédés cinématographiques dans la musique.

Tranhsumanisme

35 ans après la sortie de cette célébrissime série B, qui permet presque à elle seule à l’album du même nom d’atteindre 66 millions de ventes, se mesure l’influence qu’a eu le clip. Non seulement sur la manière de repenser l’industrie musicale, mais aussi sur l’ensemble d’une pop-culture ultra prégnante aujourd’hui. Certes, David Bowie et Kate Bush avaient déjà popularisé le clip, mais à l’aurore des années 80, Jackson décide de porter cet art un peu ringard à un autre niveau. Les standards de prod explosent quand l’image n’est plus vouée à servir le son mais que les deux se mélangent jusqu’à ne plus savoir lequel prime sur l’autre. La musique gagne les chaines de télés, qui se doivent maintenant d’offrir de la place à des artistes afro, encore trop souvent impunément négligés. A travers Thriller, Michael Jackson dévoile celui qu’il s’apprête à devenir : un homme capable de dépasser sa condition.

C’est ce qu’expliquait Marc Lambron, auteur de Vie et mort de Michael Jackson, en novembre dernier à l’occasion des 35 ans de la sortie de Thriller au micro de Mathilde Serrell pour France Culture. « Dans Thriller, il fait exploser, qu’il le veuille ou non, les catégories anthropologiques. Il y a une telle démultiplication, une telle polymorphie, un tel tourment. Le clip de Thriller dit cela : non seulement je suis un autre, mais je suis plusieurs autres. Un loup-garou, un zombie, un vampire. Il flirte avec des formes démonologiques, alors que plus tard, il va avoir à traiter ses propres démons. Il est trans : est-ce un enfant, est-ce un adulte ? Est-il blanc, est-il noir ? Est-ce un homme, est-ce une femme ? Il est toujours sur la lisière… Il se reconfigure et annonce le transhumanisme. Il voyage à travers cette indécision identitaire dont ses clips sont des preuves. »

L’homme change, l’artiste aussi. Michael Jackson voit, consciemment ou non, Thriller marquer le début d’une transformation artistique irréversible. De compositeur génial et danseur inspirant, il devient une véritable machine à produire des images iconiques. Outre celles où il se trémousse en zombie et le mythique regard du dernier plan accompagné de cet inoubliable rire sadique, Jackson jouera encore aux pionniers avec le clip de Black or white où, s’il ne l’invente pas, il popularise le morphing, ce procédé consistant à voyager entre les visages d’une façon incroyablement fluide. Il lui ajoute en outre le sens poétique initié par les paroles de sa chanson. 

 

Perdu et fatigué par les avancées qu’il a lui-même initiées, il rentre quelque peu dans le rang au milieu des nineties. Ses clips gagnent en banalité et son aura est écornée par des affaires qui ne le lâcheront plus, même une décennie après sa mort. Mais il vit toujours à travers les œuvres des nombreux artistes contemporains majeurs et de tous les styles qui se revendiquent de l’école Jackson, de Beyoncé à Kanye West en passant par Pharell Williams. Et cela, même ses plus fervents détracteurs sont d’accords pour le reconnaitre…

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