Édito: laissez mon genre tranquille

Notre journaliste, Nicolas Sohy, s'est confronté à la question du genre face à sa nièce de six ans. Réflexion. "En Belgique, on peut choisir le genre affiché sur sa carte d'identité. Les stéréotypes qui y sont associés n'ont donc plus lieu d'être. Pour convaincre ma nièce de 6 ans qui n'aime pas les garçons, il y a encore du boulot."

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Ma sœur et son compagnon font leur possible pour éduquer leurs enfants loin des diktats de la société. Pour leur fille de 6 ans pourtant, les garçons n’ont rien à voir avec les filles. « Ils n’ont pas de cheveux longs », « ne portent pas de jupe » et « jouent au foot ». Difficile pour elle de concevoir qu’elle a le droit de jouer au foot et moi de porter une jupe. Tout est fait pour la convaincre qu’elle est dans le vrai. Surtout les médias et les dessins animés qu’elle regarde. Mais aussi les livres scolaires qu’elle consulte déjà. C’est prouvé: Papa y est trop souvent médecin et bricoleur et Maman secrétaire et fan de cuisine.

On commence heureusement à comprendre que le genre n’est qu’une construction sociale. Depuis peu en Belgique, on a ainsi le droit de changer son « F » en « M » sur la carte d’identité et inversement. Cette semaine, la Cour constitutionnelle a fait un pas de plus: on devrait bientôt pouvoir se revendiquer du sexe neutre « X ». Personnellement, mon « M » ne me pose pas plus de problèmes que cela. Je pense que la notion a encore une utilité, notamment dans le cadre du remboursement des frais de certaines maladies, comme le Cancer de l’Utérus par la Sécu, la loi ne prévoyant pas qu’un homme au sens administratif du terme puisse être touché (ce qui pose ceci dit des soucis pour certaines personnes transgenres). Elle est par contre surexploitée. On nous le demande pour souscrire un abonnement dans une salle de sport ou à un journal, à la poste, lors de la signature d’un contrat… Récemment mon fournisseur d’électricité a refusé de procéder à mon inscription si je taisais mon genre (« le système bugge si on ne remplit pas la case »).

Bien que je ne présente pas de problèmes identitaires marqués, j’en ai assez d’être systématiquement ramené à mon genre. Par principe, d’abord. Mon électricité n’étant pas de meilleure qualité si je suis un homme ou une femme. Ensuite car, parfois de façon inconsciente, je me comporte comme un « homme » par peur du regard des autres. Ma copine me l’a fait remarquer alors que je refusais de m’asseoir sur ses genoux dans le métro. J’essaie désormais de me poser moins de questions. Sur un marché au Laos, j’ai même acheté ce pantalon typique asiatique ultra-large et « efféminé » (c’est super confortable). C’était sans compter sur la réaction de ma nièce à mon retour: « Pourquoi tu portes un pantalon de fille? » Je l’interrogeai sur ce qu’était un « pantalon de fille », car moi je suis un garçon et je porte ce pantalon. Elle a buggé et est partie jouer.

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