Les « backpackers » : voyageurs romantiques ou fléaux touristiques?

Avec leur imposant sac à dos fixé aux épaules, les backpackers incarnaient la vision romantique du routard sans le sou, plein d’espoir et doté d’un esprit débrouillard. Théo Hayez, le jeune belge disparu en Australie, était parti vivre ce rêve. À l'époque d'Instagram, le cliché du voyageur a bien évolué. Pas qu'en bien.

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Pratiquement à chaque heure de la journée, un média belge fait l’écho des dernières évolutions de l’enquête sur la disparition de Théo Hayez, disparu dans la nuit du 31 mai à Byron Bay, l’un des endroits les plus touristiques d’Australie. Le jeune Brabançon de 18 ans devait rentrer quelques jours plus tard en Belgique, après un long voyage itinérant de plusieurs mois aux antipodes, avant d’entamer ses études la rentrée prochaine.

Voyager un an en solitaire entre la fin des humanités et l’entame d’un cursus n’est pas une pratique très ancrée dans les mœurs en Belgique. Les jeunes qui ont des envies d’ailleurs en sortant de rhéto partent plutôt dans le cadre d’un voyage préparé par des organisations comme Wep, EF,… Les jeunes belges sont peut-être moins téméraires que leurs voisins français et surtout allemands, où effectuer un PVT (« permis vacances-travail ») est pratiquement devenu un rite initiatique. Avec un passeport belge et jusqu’à 30 ans, il est seulement possible d’effectuer un PVT (Working Holiday Visa en anglais) dans cinq pays à l’étranger : l’Australie, La Nouvelle-Zélande, le Canada, la Corée du Sud et… Taïwan. Le plat-pays n’a malheureusement pas la même réputation que l’Hexagone qui, grâce à ses relations diplomatiques, permet à ses ressortissants de voyager et travailler dans 14 pays étrangers (hors Union européenne).

Les trois premiers cités sont sans conteste les destinations les plus populaires. Le Canada est à ce point victime de son succès (proximité linguistique avec le Québec oblige) que les candidats « pvtistes » belges doivent désormais passer par un tirage au sort pour décrocher le précieux visa (depuis 2016, maximum 750 places sont offertes). C’est plus simple pour les nations océaniques, pour lesquelles il suffit d’enregistrer sa demande, payer son visa, souscrire une assurance et prouver avoir les finances suffisantes sur son compte en banque pour vivre les premiers mois (entre 2500 et 3250 euros). Le prix de la liberté ? Pour une durée d’un an (6 mois pour Taïwan), renouvelable sous certaine condition, les voyageurs peuvent circuler, postuler et boulotter où bon leur semble sur le territoire.

Bouger au jour le jour et vivre de nouvelles expériences, s’installer dans un endroit qui leur plaît pour une durée prolongée tout en apprenant une nouvelle langue… Tout cela ne semblerait-il pas un peu trop idyllique ? Oui. Simplement parce que ça l’est. Même s’il faut garder à l’esprit que, comme partout ailleurs, le danger existe. La disparition de Théo Hayez l’a dramatiquement rappelé.

Backpackers et begpackers

Il n’existe pas de profil-type de voyageur ou voyageuse. Aventuriers dans l’âme, certains se déplacent en auto-stop (particulièrement en Nouvelle-Zélande) ou choisissent d’investir dans un camper-van acheté sur place et parfois rénové par leurs propres soins. D’autres préfèrent le confort (parfois très relatif) des hostels et auberges de jeunesses où les chambres communes (moins chères) et autres espaces communs sont propices aux nouvelles rencontres. Ils partagent en tout cas tous un même accessoire : un backpack. Ce gros sac à dos permet aux locaux de rapidement les identifier et de les catégoriser presque comme une nouvelle catégorie sociale : les « backpackers« . Et ceux-ci n’ont pas toujours bonne réputation.

L’escalade du sensationnalisme imposé par la dictature des réseaux sociaux a lancé une nouvelle mode et créé un nouveau mode d’aventuriers des temps modernes. Occidentaux ne manquant de rien, mais en manque de tout (authenticité, simplicité,…), les nouveaux voyageurs sac à dos décident donc de tenter la plus grande aventure qu’il soit : voyager en dépensant le moins possible. Peu importe la qualité de ce qu’on leur propose, il faut tout négocier et obtenir le moins cher. Le pire du pire ? Les « begpackers » (contraction de l’anglais begging/ « mendier »), des voyageurs qui font la manche dans les rues afin de financer leur voyage…

Il est où le respect ?

Les voyageurs qui réclament de l’argent ou se plaignent du coût de la vie font preuve d’un criant manque de respect pour le mode de vie des locaux (surtout dans des contrées moins développées). quand ce n’est simplement pas une insulte à la culture locale. On pense notamment aux touristes (terme approprié et pourtant presque insultant pour certains backpackers) qui se photographient les fesses à l’air dans des temples en Asie, brûlent la photo du roi (véritable dieu vivant) en Thaïlande, ou se prennent en selfie devant les champs de massacre perpétrés par les Khmers rouges au Cambodge.

Radin et irrespectueux ne sont pas les seuls travers du backpacker. Un autre cliché lui colle aujourd’hui à la peau, comme les semelles collent au sol un lendemain de soirée arrosée. Car le voyageur à sac à dos est souvent un jeune qui cherche l’aventure… et la fête ! Bières, spiritueux et cocktails à gogo : l’alcool coule à flot et ouvre la porte à des excès qu’il ne se serait sans doute jamais permis dans son pays d’origine. Pourquoi perdre le sens de la mesure et des bonnes manières à l’étranger ? Sans doute être hors de son pays confère un sentiment d’impunité, diplomatique et philosophique sous le refrain « carpe diem » qui rythme les vacances.

Tout cela sans-même aborder les dégâts environnementaux. À la pollution directe (déchets abandonnés), il faut ajouter la lourde empreinte écologique engendrée par le multiples déplacements intérieurs et entre les pays visités, facilité par l’explosion des vols low-cost sur le marché asiatique notamment, avec des compagnies comme Lion Air (Thaïlande) par exemple… On est effectivement loin de du cliché romantique du baroudeur incarné par Philippe Lambillon dans Les Carnets du Bourlingueur. Quitte à polluer ou manquer de respect, autant voyager à travers l’écran de sa télé.

Pixabay

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