Environnement: les journalistes travaillent dans un climat mortel

Ces dix dernières années, treize journalistes couvrant des problématiques liées à l'environnement ont perdu la vie à cause de leur travail. Et ce bilan n'est que partiel...

Belga Images

Journaliste peut être une profession dangereuse. Selon Reporters sans frontières, ils sont 80 à avoir été tués l’an dernier (8% de plus qu’en 2017). Le rapport de RSF faisait aussi état de trois disparus, 60 otages et 348 journalistes détenus à travers le monde… 2018 fut une année noire pour la profession, symbolisée par le sordide meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul, affaire massivement traitée par les médias.

Si on connaissait les risques encourus par les reporters en zone de conflit. Dorénavant, il faut reconnaître que les spécialistes des questions environnementales sensibles, traitant par exemple de la destruction d’espaces naturels, sont également particulièrement exposés. Ces thématiques sont même devenues le deuxième domaine le plus dangereux du métier, précisément derrière le reportage de guerre. En 10 ans, treize journalistes couvrant des problématiques liées à l’environnement ont perdu la vie à cause de leur travail. Et selon le Comité pour la protection des journalistes, 16 autres personnes pourraient avoir été tuées pour des raisons similaires.

« Les questions environnementales touchent à la fois à certains des plus grands abus de pouvoir dans le monde et à certaines des plus grandes concentrations de pouvoir« , avance Bruce Shapiro, directeur du Dart Center for Journalism and Trauma, dans un article du quotidien britannique The Guardian. « J’ai du mal à imaginer une catégorie de journalistes d’investigation qui interagissent au quotidien avec des acteurs plus dangereux. Un reportage d’investigation sur l’environnement peut être aussi dangereux qu’un reportage sur la contrebande de stupéfiants. » 

« Climat hostile« 

Les controverses environnementales impliquent souvent de puissants intérêts économiques et commerciaux, des batailles politiques, des activités criminelles, des insurgés antigouvernementaux ou encore de la corruption. Pour les journalistes, la pression est si forte qu’elle peut avoir d’importantes conséquences sur leur santé mentale, les poussant même dans certains cas à arrêter leur carrière.

À l’occasion de la COP21 à Paris en 2015, RSF avait déjà publié un rapport intitulé « Climat hostile contre les journalistes environnementaux« , dans lequel l’organisation révèle les difficultés parfois tragiques des journalistes en charge des questions environnementales. « Avant 2015, jamais un tel niveau de violence à l’encontre de ces femmes et ces hommes qui enquêtent souvent seuls sur des terrains reculés n’avait été atteint« , déclarait Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. « L’environnement est un sujet hautement sensible qui vaut trop souvent de sérieux ennuis à ceux qui lèvent le voile sur les pollutions et autres dégradations en tout genre dans le monde. Pourtant ce méticuleux et dangereux travail de collecte et de diffusion de l’information est la condition sine qua non d’un sursaut général contre les dangers qui menacent notre planète.« 

Sang Vert

Une nouvelle enquête journalistique collaborative internationale lancée par le collectif Forbidden Stories (« Histoires Interdites ») s’est justement donnée pour mission de poursuivre le travail de journalistes menacés ou assassinés à propos des crimes environnementaux de l’industrie minière. Intitulée Green Blood Project (« le Projet Sang Vert »), cette investigation internationale d’une durée de huit mois a rassemblé 40 journalistes et 15 médias dans 10 pays différents.

Publiée cette semaine (17 juin) dans 30 organes de presse du monde entier (dont Le Soir, Le Monde ou The Guardian), l’enquête nous entraîne sur trois continents : l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie. En Tanzanie, où le journaliste Jabir Idrissa dénonce les agissements autour d’une mine d’or. Au Guatemala, où l’industrie du nickel provoque la colère des populations locales et où les autorités tentent de bâillonner le journaliste Carlos Choc. Et en Inde où des journalistes comme Sandhya Ravishankar dévoilent au péril de leur vie les agissements de véritables « mafias du sable ».

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