Retour des réfugiés dans leur pays d’origine : pourquoi sont-ils moins nombreux en Belgique qu’aux Pays-Bas?

Selon une étude néerlandaise, 6,5% des demandeurs d'asile en Belgique retournent dans leur pays d'origine, contre 18% chez nos voisins du nord. Explications.

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Selon le dernier rapport statistique annuel publié ce mercredi par le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, 70,8 millions d’enfants, de femmes et d’hommes étaient déracinés à la fin 2018. Un niveau sans précédent, jamais atteint en bientôt 70 années d’existence du HCR. Cela représente le double du nombre de personnes qu’il y a 20 ans, ainsi que 2,3 millions de personnes supplémentaires par rapport à l’an dernier. Une fois encore, les guerres, la violence et les persécutions ont généré un niveau record de déplacements de populations à travers le monde…

Ce chiffre est supérieur à celui de la population de la Turquie, pays qui – pour la quatrième année consécutive – accueille le plus grand nombre de réfugiés (environ 4 millions) en provenance de la Syrie voisine. 80% des réfugiés vivent dans des pays limitrophes de leur lieu d’origine. Quant aux réfugiés qui parviennent jusqu’en Europe Occidentale, peu d’entre-eux retournent ensuite dans leur pays d’origine, d’après une étude néerlandaise relayée aujourd’hui par le quotidien flamand De Morgen.

Les autorités néerlandaises se sont basées sur les statistiques d’Eurostat courant sur la période 2013-2017 et se sont focalisées sur les migrants en provenance de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak, d’Iran, de Somalie et d’Érythrée. En Belgique, seuls 6,5% d’entre eux semblent effectivement retourner dans leur pays d’origine. Aux Pays-Bas, ce pourcentage s’élève à 18,2%, au Royaume-Uni à 19,4% et en Norvège à 25%. L’Allemagne en revanche est nettement inférieure à 3,5%. Comment expliquer ces différences?

Politique décourageante

Des pays tels que la Norvège, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont adopté une politique décourageante pour les personnes sans permis de séjour, par exemple en leur procurant un logement austère et en leur interdisant de travailler. Ils entretiennent en outre de « bonnes relations diplomatiques » avec les pays d’origine des réfugiés. Les Pays-Bas notamment vont jusqu’à payer les billets de retour et verser de l’argent pour leur réintégration dans leur pays d’origine. L’Allemagne quant à elle adopte une approche fondamentalement différente. Ceux qui ont épuisé tous les traitements juridiques peuvent continuer à vivre dans des centres d’asile, à recevoir une indemnité, à étudier et à travailler sous certaines conditions.

En Belgique, les demandeurs d’asile qui ont épuisé tous les recours légaux ne peuvent pas entrer sur le marché du travail ou louer un logement. Mais cela est vérifié moins systématiquement que dans d’autres pays. « Ceux qui ne peuvent pas être renvoyés resteront dans un vide juridique« , déclare au journal flamand Ellen Desmet (UGent), professeure de droit des migrations. Dirk Vanheule, qui occupe la même fonction à l’Université d’Anvers, confirme : « Si ces personnes disposent de grands réseaux, elles peuvent facilement disparaître dans la clandestinité ou la double économie.« 

Bien qu’une telle illégalité soit tolérée plus souvent, notamment en Italie et en Espagne, le rapport néerlandais indique que le retour dans ces pays est encore plus bas, avec 1,1% et 2,8% respectivement. Des chiffres qui peuvent être liés à une différence d’approche entre le retour forcé et le retour volontaire. « La Belgique renvoie peut-être moins de personnes, mais nous les préparons mieux à la réintégration« , explique Anne Dussart de Caritas International. « Il me semble important à long terme de voir si les demandeurs d’asile rapatriés de Norvège resteront finalement dans leur pays d’origine.« 

À noter qu’en Belgique, les chiffres de retour n’ont vraisemblablement pas augmenté sous la directive de l’ancien secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations, Theo Francken (N-VA).

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