Vous ne trouverez bientôt plus d’homéopathe pour vous soigner

Le nombre de médecins adeptes de la médecine douce diminue au fil des années. Les études qui dénoncent l'inefficacité de la pratique n'arrangent rien.

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Le secteur de l’homéopathie se porte mal. Les écoles dispensant les formations de médecine douce en Belgique connaissent une baisse croissante du nombre d’inscrits. « En Belgique, on compte une soixantaine de personnes inscrites à la formation. Dans les années 80 ou 90, on en comptait 30 rien qu’à Bruxelles, une centaine à Liège… Des médecins français venaient se former chez nous. Désormais, la formation a encore autant voire plus de succès auprès des pharmaciens et des vétérinaires. Par contre les médecins s’y inscrivent beaucoup moins…« , constate Arlette Blanchy, responsable  du Centre bruxellois d’Homœopathie Uniciste (CBHU) et membre du Comité européen d’Homéopathie.

Ce n’est pourtant pas la patientèle qui manque. Depuis l’ouverture de la première pharmacie spécialisée en 1832 rue du Marché aux Herbes à Bruxelles, la pratique n’a cessé de prendre de l’ampleur. En 2017, 5.500 médecins avaient encore prescrit des médicaments homéopathiques et l’Unio Homeopathica Belgica comptait 340 membres. En Belgique, deux malades sur cinq déclarent avoir déjà eu recours au moins une fois à un traitement de ce type pour soigner, essentiellement, leur rhume, leur grippe ou pour faire descendre le stress.

Manque de crédibilité

Dans les années à venir, ces chiffres pourraient cependant être revus à la baisse… Le nombre de médecins qui se détournent de la pratique pourrait lui augmenter. On doit cette crainte de pénurie en tout premier lieu à la mauvaise presse de la médecine douce. Dès 2011, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) jetait un froid en évoquant un « manque de preuves scientifiques cliniques » pouvant attester l’efficacité de l’homéopathie. Le dernier rapport de Test-achats qui qualifie les produits de « inefficace, voire dangereux » et la position en France de la Haute autorité de la santé à l’encontre du remboursement des prescriptions homéopathiques (elle doit statuer définitivement le 28 juin) ont causé encore plus de tort. Au point de semer le doute chez les jeunes médecins qui ne se tourneraient plus vers cette branche médicale. La décision du Collège des doyens de la Communauté française de ne pas enseigner les médecines douces, si ce n’est dans des cours d’introduction, n’arrange rien. Arlette Blanchy l’admet volontiers: « Nous restons évidemment convaincus par l’homéopathie qui soigne de nombreux patients chaque année. On souffre néanmoins de la méfiance des universités. Les jeunes sont formatés par les facultés et la pensée classique. »

Pénurie générale

La responsable du CBHU donne d’autres explications à la pénurie naissante. « Le manque d’homéopathes va de pair avec le manque de médecins généralistes en Belgique. » Leur doctorat en poche, les étudiants seraient par ailleurs peu nombreux à vouloir continuer leur formation, par manque de motivation. « De façon générale, l’homéopathe moyen est plus âgé que le médecin moyen. Il a au moins une cinquantaine d’années. C’est compréhensible. Après autant d’années d’études aussi difficiles, les jeunes ne veulent pas s’inscrire à une nouvelle formation de 5 ans en cours du soir et le week-end. D’autant qu’ils doivent commencer à travailler en même temps. La plupart de nos étudiants ont déjà au moins une bonne trentaine. Ils viennent lorsqu’ils ont construit une patientèle et qu’ils ont pris conscience des limites de la médecine traditionnelle. » Le secteur n’a donc pour l’heure aucune garantie que la relève sera prête à temps…

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