Pourquoi faut-il arrêter de parler de Donald Trump?

Le président américain lançait officiellement sa campagne pour sa réélection ce mardi à Orlando (Floride). Et il semble bien parti pour rempiler pour quatre années supplémentaires dans le bureau ovale. En partie grâce à ses adversaires... 

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Qui veut la peau de Donald Trump ? Beaucoup de monde. À commencer par les Démocrates. Derrière les dinosaures Joe Biden et Bernie Sanders (qui deviendraient les plus vieux présidents élus des États-Unis en cas de victoire devant… Donald Trump), une vingtaine de candidats jouent des coudes pour franchir la primaire du parti et avoir la chance d’affronter l’actuel locataire de la Maison Blanche aux élections sur le ring des présidentielles de 2020. Chacun a ses propres particularités, mais tous sont obsédés par la même chose : critiquer l’actuel président. Et celui qui tweete plus vite que son ombre a de quoi sourire. Grand spécialiste des attaques ad personam, il sait qu’il remportera à coup sûr son duel face à son challenger. À moins que ses adversaires ne changent de stratégie. D’abord les Démocrates, qui apparaissent aussi désunis… que les Républicains il y a quatre ans, mais aussi les journalistes.

Le jeu et l’anti-jeu

Journaliste et analyste politique spécialiste des États-Unis, Charles Voisin observe d’un œil avisé tout ce qui se trame chez l’Oncle Sam. Selon lui, à force de bondir perpétuellement sur les faits et gestes du 45ème président des États-Unis, les Démocrates suivent une démarche contre-productive et jouent le jeu de Donald Trump. « Le meilleur moyen pour les démocrates de perdre, c’est de continuer à prendre Donald Trump pour cible. Ils ne préparent pas l’offensive, obnubilés par une potentielle procédure d’impeachment. Mais je crois que c’est impossible dans ce cas-ci. On n’est plus à l’époque de Nixon, où il y avait quand même une certaine morale qui jouait. Les Républicains sont regroupés derrière Trump. C’est donc peine perdu« , estime le collaborateur extérieur de l’ULiège.

Actuellement, le gros risque pour le camp démocrate est de convaincre les électeurs républicains qui doutent de Donald Trump… de tout de même voter pour lui. « Les électeurs vont commencer à se dire qu’on n’a pas laissé sa chance à Donald Trump, qu’on a fait que l’attaquer. Les votants pourraient donc être tenté de revoter pour lui pour qu’il puisse aller au bout de sa logique, quitte à décevoir en bout de route mais au moins il aura eu deux mandats pour concrétiser ses projets. C’est l’impression que les Démocrates vont créer à force de faire ce qu’on pourrait appeler de l’anti-jeu« , explique Charles Voisin.

Le clic et la pub gratuite

Dans le paysage médiatique américain, il y ceux acquis à la cause de Donald Trump (Fox News, Breitbart News) et ceux contre Donald Trump (CNN et New York Times en tête). Mais ces derniers auront également une grande part de responsabilité dans la potentielle réélection… Comme c’était déjà le cas en 2016. « Les médias ont fait le jeu de Donald Trump en reprenant systématiquement ses sorties et en diffusant en direct les images de ses meetings (…) Il est parvenu à financer sa primaire lui-même grâce à sa fortune colossale mais s’est dispensé quasiment de la diffusion de spots télévisés payants tant il est passé maître dans l’art de répandre invectives et attaques ad personam devant les caméras (…) Ce qui lui a évité de casser sa tirelire au cours de la campagne« , écrit Charles Voisin dans sa biographie à paraître sur Bernie Sanders.

En ne cessant de critiquer constamment les actions et décisions du président, à l’instar des Républicains, les médias lui font de la publicité gratuite. Il conviendrait donc d’arrêter d’offrir une tribune permanente à celui qu’ils souhaitent voir tomber. Le problème, c’est que Donald Trump génère du clic. Et de l’argent. En novembre 2016, mois de l’élection de Donald Trump, le New York Times a enregistré 132.000 abonnements payants supplémentaires, soit 10 fois le taux de croissance enregistré un an auparavant. Cette trajectoire d’accroissement reste aujourd’hui inchangé.  Entre novembre 2016 et juin 2018, le cours de l’action du groupe de presse The New York Times Company a dépassé celui d’Apple, d’Amazon et de Facebook entre l’élection de Trump en 2016 et fin juin 2018, augmentant de 141 %…

En conclusion de son entretien avec le New York Times en décembre 2017, Trump déclarait d’ailleurs : « Une autre raison pour laquelle je vais gagner quatre autres années [à la Maison Blanche] est que les journaux, la télévision et tous les types de médias seront en difficulté si je ne suis pas là. Sans moi, leurs résultats chuteront […]. Donc, ils doivent fondamentalement me laisser gagner. » Cette relation d’amour-haine fonctionne donc comme un cercle vicieux. Ou vertueux, question de point de vue.

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