Nappes phréatiques : pourquoi le niveau est-il si bas ?

Malgré les nombreux jours de pluie de ce mois de mai, le niveau des nappes aquifères s’avère relativement peu élevé au sud du pays. Pourquoi est-ce préoccupant ?

Une fontaine d'eau potable

Commençons par une bonne nouvelle : le pays ne manquera pas d’eau potable dans un avenir proche. Malgré la chaleur attendue, tout le monde verra bien de l’eau couler en tournant son robinet à la maison. Même si le soleil s’invite en permanence durant l’ensemble des vacances estivales. « Il n’y a rien de dramatique, même si c’est vrai que le niveau des nappes est assez bas actuellement. S’il a beaucoup plu ces derniers temps, cela n’a servi absolument à rien du point de vue de la recharge des zones aquifères. À partir du moment où les températures passent au-dessus de 10-15 degrés, l’eau s’évapore avant de rentrer », explique Alain Dassargues, hydrologue à ULiège. Roland Masset, directeur des Eaux souterraines au sein de l’administration wallonne, confirme et précise : « On est dans une période d’eaux souterraines relativement basses, mais ce n’est pas partout le cas. C’est plutôt sur les aquifères de l’ouest et du nord de la Wallonie où on a eu une moins bonne recharge. Mais il y a encore des réserves hein. On ne va pas manquer d’eau ».

Tout se joue en hiver

Le remplissage des nappes aquifères se déroule en hiver. Quand il pleut beaucoup et que les températures froides empêchent l’évaporation des précipitations. Le rêve absolu pour remplir une nappe phréatique ? La neige. « Les nappes se rechargent grosso modo entre les mois d’octobre et de mars. Pourquoi le niveau actuel est assez bas? Je dirais que les deux ou trois derniers hivers n’ont pas été assez productifs en taux de recharge. Ils l’ont été, mais moins que d’habitude. La recharge a été moins bonne, mais on a consommé autant, si pas plus l‘été dernier. L’hiver dernier a été meilleur, mais s’il faut plusieurs mauvais hivers pour qu’on descende pas mal, il faut aussi deux trois bons pour résorber le déficit », indique Alain Dassargues. « Tous les acteurs de l’eau sont bien sûr au courant et il y a une série d’études qui ont été lancées ou qui vont commencer pour justement voir les zones les plus sensibles. Tout ça est très surveillé. Il ne faut pas avoir peur, mais oui, on a intérêt que l’hiver prochain soit neigeux et qu’il y ait beaucoup de pluie ». Pour Roland Masset, le problème remonte à l’hiver 2016-2017. « Il s’est avéré vraiment particulièrement sec », souligne-t-il.

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Faut-il limiter notre consommation cet été?

La réponse est globalement négative en Wallonie et à Bruxelles. Sauf dans quelques communes. « Ce sont généralement toujours les mêmes. Les prises d’eau y sont par exemple plus superficielles, ce qui fait qu’on ne peut pas régler les pompages et on prend ce qui vient. C’est aussi le cas de communes touristiques comme Rochefort où il y a une nette augmentation de la demande par rapport au reste de l’année », explique Roland Masset. En période de forte chaleur, boire davantage d’eau ou laver plus souvent sa voiture à cause de la poussière ne posera donc généralement aucun problème. Une pratique relativement récente dans notre pays inquiète toutefois les observateurs : des systèmes d’irrigation mis en place par la filière agricole. « C’est qu’on a vu par exemple apparaître l’été dernier dans la Hesbaye ou dans le Condroz. C’est assez nouveau. Ce n’est pas uniquement du côté wallon. C’est encore plus prégnant en Flandre et aux Pays-Bas », indique Alain Dassargues.

Des réserves d’eau importantes mais…

 « On a de la chance en Wallonie, car on n’est pas au bout de nos réserves contrairement à la Flandre. Un tiers de l’eau capté en Région wallonne part d’ailleurs sur Bruxelles ou la Flandre », explique notre expert d’ULiège. Mais tous les spécialistes espèrent néanmoins que le prochain hiver soit humide et neigeux. Et si tel n’est pas le cas ? « Avec un nouvel hiver sec, on serait un peu plus bas. C’est clair que le scénario catastrophe serait qu’on ait encore plusieurs hivers peu productifs en taux de remplissage. Cela deviendrait très préoccupant et on devrait installer des capteurs dans des endroits qui n’en sont pas équipés. On a cette chance : avoir encore des zones où on pourrait capter de l’eau. Mais cela nécessiterait des investissements », indique Alain Dassargues. Reste une nouvelle fois cette constatation: la fragilité de notre écosystème. Plusieurs hivers secs peuvent ainsi déjà fortement impacter nos réserves aquatiques.

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