Le hashtag #JeLeConnaissais rappelle que « dans 9 cas 10, l’auteur d’un viol fait partie de l’entourage »

Des centaines de personnes ont témoigné des abus sexuels dont elles ont été victimes sous le hashtag #JeLeConnaissais, devenu viral. Quand la honte change de camp.

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91% des femmes victimes de viols et de tentative de viol connaissent leur agresseur. C’est en partant de ce que constat qu’une jeune femme, qui se présente sous le pseudo de « n$ija », a lancé le hashtag #JeLeConnaissais le 13 juin sur Twitter. « J’aimerais casser le mythe selon lequel les violeurs sont tous des déséquilibrés mentaux qui sévissent la nuit dans des ruelles » Un hashtag qui devient très rapidement viral. Des milliers de personnes s’en sont emparées en l’espace de quelques jours, pour raconter leur histoire, témoigner publiquement des violences sexuelles qu’elles ont subies. Une prise de parole salvatrice, mais aussi très révélatrice d’un problème qui gangrène encore toutes les strates de notre société.

Certaines décident de dévoiler, en quelques mots, le profil de leur agresseur. « Le meilleur ami d’enfance de mon frère, qu’on considérait tous comme un membre de la famille. » D’autres évoquent l’injustice et le poids du silence. « Mon ex violeur exerce toujours son métier, il a même eu une promotion avant moi alors que j’ai un diplôme lié à mon secteur d’activité et de l’ancienneté, et il s’est reconverti pour exercer mon métier sans rien de tout ça. » Parce qu’il est encore plus difficile de parler d’un viol quand il a été commis par un proche, ce hashtag veut montrer à quel point il est important d’arrêter de se taire.

A la lecture de ces témoignages d’agressions, on constate que les mots « mon ex » ou « mon conjoint » reviennent de manière récurrente. Comme Léa, qui explique « Il me faisait culpabiliser jusqu’à ce que je cède, c’était mon copain. », une autre utilisatrice du réseau détaille « #JeLeConnaissais c’était mon copain et il a rien trouvé de mieux à me dire que « Encore 5 minutes stp, parfois y’a des choses qui nous font mal dans la vie, c’est comme ça » ou encore Maziteen qui explique « Il a ouvert la capote après que je lui avais dis 20 secondes avant que je ne voulais pas aller plus loin. « On va pas gâcher la capote vu le prix » mais combien coûtait mon état psy ce jour là ? » Une manière de souligner, encore, l’ampleur du problème que représente le viol conjugal en 2019. Selon un rapport d’Amnesty International, en Belgique 24,9 % de femmes se sont fait et/ou se font imposer des relations sexuelles forcées par leur partenaire.

Seulement 13% des victimes osent porter plainte. C’est bien trop peu. Dans ce même rapport, Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International Belgique francophone, soulignait l’énorme tabou que représente le viol. « Nous avons constaté que malheureusement plus de 40% des personnes ayant souffert ou souffrant de violences sexuelles n’osent en parler à personne. Et quand elles en parlent, c’est à une amie ou une collègue. Il est capital qu’un maximum de personnes aient accès à ces informations. C’est la raison pour laquelle nous essayons de diffuser ces dépliants dans un grand nombre d’endroits, comme pour la brochure contre les violences conjugales, que nous avions distribuées à plus de 1,2 millions d’exemplaires »

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