Comment seront accueillis les orphelins belges revenus de Syrie?

La Belgique va rapatrier six enfants de combattants belges rattachés à l'État islamique, une première pour notre pays. Les différents services d'aide à la jeunesse semblent prêts à (enfin) les accueillir.

©Belga

Suivant le mouvement de pays comme la France ou les Pays-Bas, la Belgique s’apprête à rapatrier de Syrie six orphelins, fils ou fille de djihadistes belges. Des retours rendus possibles par l’accord de principe signé entre l’État et les autorités kurdes. L’information, lancée une première fois par Didier Reynders mercredi, a été confirmée ce midi par le ministre à la Coopération au développement Alexander De Croo. « Nous ne laissons pas mourir ces enfants » a-t-il envoyé au micro de la VRT.

Encore faut-il savoir comment ils seront accueillis. Une fois revenus en Belgique, où ils seraient tous nés, leur sort sera d’abord laissé entre les mains des Parquets locaux, selon Bernard De Vos, le Délegué général aux droits de l’enfant. « Je préfère encore rester prudent car chaque Parquet local peut décider de traiter les cas différemment, mais a priori ces enfants seront reconnus comme des mineurs en danger. Le Service à la jeunesse prendra alors le temps de voir s’ils peuvent être pris en charge par des familiers ou non. »

Ils suivront dès lors, selon toute vraisemblance, le circuit classique des enfants en difficulté ou en danger. « Le SAJ devrait utiliser la même grille de lecture que pour n’importe quel enfant, précise Bernard De Vos. Il vérifiera s’il est possible de les replacer dans un environnement familial. Si pas, dans un environnement familier, et enfin dans une famille d’accueil. »

Les préserver de la lumière

Cela n’empêchera pas ces orphelins du djihad, dont deux auraient moins de dix ans, d’avoir probablement besoin d’un accompagnement psychologique ou thérapeutique ciblé suite aux violences qu’ils ont vécues dans les camps de l’État islamique. Il faudra aussi parvenir à les protéger tant que possible face à l’attention accrue dont ils feront l’objet. « La difficulté réside dans le fait qu’ils sont peu nombreux et très médiatisés, et il y a effectivement un gros risque d’identification publique. Une loi existe pour empêcher les médias de permettre cette reconnaissance et nous veillerons à ce qu’elle soit respectée. Car si elle ne l’est pas, on peut craindre pour leur future réintégration. »

On sait qu’une frange de la population déplore l’aide fédérale octroyée à ces enfants, qui restent des ressortissants belges. Elle a encore été excitée par les propos de Théo Francken qui, doutant publiquement de leur statut d’orphelins, dit craindre le retour de leurs parents présumés morts. Rappelons que l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) a minutieusement analysé le cas de chaque enfant et jugé qu’il était urgent de les rapatrier.

Le retour de ces enfants sur le sol belge est vécu comme une victoire au gout amer par le Délégué général aux droits de l’enfant. « Cela arrive tard, peste Bernard De Vos. Les préjudices qu’ils ont subi durant cette période d’incertitude ne sont pas acceptables. » On estime à une septantaine le reste des enfants belges sur place. Cela ne fait donc que commencer. « Nous serons extrêmement attentifs à ce que les différents services s’organisent dans l’intérêt des enfants et qu’ils puissent le plus rapidement possible vivre une vie normale. Je n’ai pas peur, nous avons tous tellement travaillé à leur retour que nous sommes prêts. Et nous ne lâcherons pas pour ceux qui doivent encore revenir. »

Plus d'actualité