Pourquoi le congé de paternité est un véritable enjeu de société

Pères, et si vous pouponniez votre bébé durant 15 semaines ? A l'occasion de la fête des pères et de la formation des gouvernements, la Ligue des familles lance un appel. Il s'agit d'un véritable enjeu de société.

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La Ligue des familles lance un appel pour que le congé de paternité soit aligné sur le congé de maternité, soit à 15 semaines. Le baromètre des parents de la Ligue des familles a montré que 60% des pères étaient favorables à cette idée et 12% seulement y sont défavorables. Pour la Ligue, il s’agit d’augmenter le bien-être de la famille et de réduire les inégalités femmes-hommes tant au travail qu’à la maison.

C’est tout bénéfice pour l’enfant

Une étude de l’OCDE montre que les pères qui prennent un congé de paternité restent impliqués dans l’éducation de leurs enfants sur le long terme. Les enfants jouissent d’une meilleure santé et présentent des compétences cognitives et émotionnelles plus élevées. « Quand les deux parents peuvent passer trois mois avec l’enfant après sa naissance, cela leur donne la possibilité de mieux se répartir les soins au bébé et les tâches ménagères et de prendre ainsi, peut-être, de bonnes habitudes pour la suite », explique Christophe Cocu, directeur général de la Ligue des familles.

Une division sexuée du travail

Avec un congé de maternité et de paternité équivalents, pères et mères seraient égaux sur le marché du travail. « Le congé de maternité, par sa longueur, peut créer un désavantage pour les mères sur le marché de l’emploi. L’allongement du congé de paternité ôterait cette discrimination, explique Bernard Fuselier, sociologue à l’UCLouvain et directeur de recherche au FNRS. Le congé de maternité peut faire peur aux employeurs qui suspectent une mise entre parenthèses de l’engagement professionnel. Il existe des discriminations aussi. Elles sont rarement explicites parce que c’est punissable, mais des impacts négatifs peuvent survenir lors du retour au travail ».

C’est un enjeu global en termes d’égalités des chances pour les hommes et les femmes. « On reste dans une société où il subsiste une division sexuelle du travail. L’assignation prioritaire de la prise en charge de la maisonnée repose toujours sur les femmes tandis que la prise en charge financière de la famille incombe aux hommes« , note le sociologue.

L’auto-censure des hommes

Les responsables politiques concrétiseront-ils l’appel de la Ligue? Tous ont inscrit dans leurs promesses électorales un allongement du congé parental. Il y a encore du chemin à faire vers une paternité pleinement assumée. Seuls six pères sur dix prendraient aujourd’hui l’entièreté de l’actuel congé de paternité de dix jours. « Rendre ce congé de paternité obligatoire protégerait les pères d’une réticence de l’employeur », souligne Bernard Fuselier.

Bien souvent, les hommes s’auto-censurent par rapport au congé de paternité qu’ils n’osent pas revendiquer. D’autres craignent une perte financière, notamment en termes d’heures supplémentaires. Par ailleurs, et c’est intéressant de s’en souvenir, le congé de maternité n’a pas été pensé au départ en termes de conciliation vie privée et vie professionnelle mais bien en termes de protection de la santé de la mère et de l’enfant. « On ne peut pas utiliser le motif de santé des pères qui peuvent cependant assurer tous les soins de l’enfant en dehors de l’allaitement », avance enfin Bernard Fuselier.

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