Les francophones peuvent-ils se débrouiller seuls?

À force de désunion, l’idée du confédéralisme fait son chemin. Elle mérite balises et perspectives.

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La situation politique est claire dans sa complexité. Une Flandre nationaliste et une Wallonie très à gauche. Après les ukases lancés durant la campagne, les déclarations se multiplient. Il n’y a pas que Bart De Wever qui agite le confédéralisme. Du côté francophone aussi, certains avancent cette piste. Sauf que le confédéralisme en réalité n’est pas synonyme de séparatisme, mais les politiques entre-tiennent volontiers cette ambiguïté. Opter pour le séparatisme signifierait aller vers l’indépendance complète. Par contre, le confédéralisme pourrait n’être qu’une étape supplémentaire vers le séparatisme.

“Le confédéralisme, ce n’est pas un problème, c’est une solution”, assène Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée, qui mène des recherches prospectives. “Je suis persuadé que nous sommes déjà largement dans un système confédéral.” Il a fallu attendre 1993 pour écrire dans la Constitution que la Belgique était un État fédéral mais “le droit n’a fait que suivre ce qui était déjà en place”. En 2014, des pans entiers de la sécurité sociale ont déjà été transférés. Mais c’est vrai, “il reste 2 milliards de transferts de la Flandre vers la Wallonie”. Un fameux pactole. Sans oublier l’absurdité de scinder encore plus les compétences sur un aussi petit territoire que la Belgique. Bien souvent, on dramatise. En France, une partie du rail est régionalisée. En Suisse, l’enseignement est exercé depuis les cantons. Les Wallons ont la capacité de s’en sortir. Cela demanderait des efforts de toutes les couches de la population. Mais les Wallons ont montré par le passé leur capacité à se redresser. Faire lit commun avec une Flandre qui flirte avec le fascisme est beaucoup plus difficile. On peut espérer que les francophones auront la dignité nécessaire pour faire leur vie malgré la fin des transferts. Le déclic est proche. Cela demande une forme de gaullisme, de sens de l’État”, plaide Philippe Destatte. Le fédéralisme belge est déjà marqué par un principe d’autonomie des entités. Le pouvoir fédéral n’est pas au-dessus des autres, il est simplement à côté. C’est sur cette base particulière que pourrait venir se greffer le confédéralisme.

Jusqu’à présent, à chacune des six réformes de l’État Belgique, des partis essaient de négocier ensemble en maintenant une cohérence par rapport au fédéral. Dans un modèle confédéral, ce seraient les dirigeants des exécutifs qui négocieraient, de gouvernement à gouvernement dans l’intérêt d’une entité plutôt que d’un parti.” Philippe Destatte imagine même les conditions possibles d’une telle tractation. Côté francophone, on imposerait le maintien du cordon sanitaire et côté flamand, on exclurait le PTB. “Ce serait une manière douce d’avancer vers le confédéralisme.” Le problème est peut-être le fédéralisme à deux, celui de la confrontation. En ce sens, ceux qui prônent une Belgique à quatre régions (Flandre, Wallonie, Bruxelles, germanophones) ont peut-être la solution. Le roi lui-même a-t-il pensé à cela en nommant informateurs Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (sp.a), deux défenseurs par le passé de ce modèle à quatre?

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