Les chirurgiens, de plus en plus maladroits?

Au Royaume-Uni comme aux États-Unis, des médecins ont remarqué une diminution de la dextérité chez les apprentis chirurgiens. Une baisse de niveau qui pourrait s’expliquer par l’utilisation des écrans au détriment d’activités manuelles.

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Les membres du corps professoral des facultés de médecine des États-Unis et de Grande-Bretagne ont constaté un net déclin de la dextérité manuelle chez les étudiants et les stagiaires en chirurgie. Certains accusent le manque de cours pratiques dans les écoles primaires et secondaires (cours d’atelier, dessin, peinture, musique, …). D’autres pointent du doigt le temps passé à tapoter sur des claviers d’ordinateurs ou sur des écrans plutôt que de se consacrer à des activités qui développent un contrôle moteur affiné comme le travail du bois, le modélisme ou le tricot. Et oui, recoudre des patients, c’est à peu près comme recoudre des vêtements!

Bien que la maladresse soit une préoccupation croissante dans les facultés de médecine, l’ampleur et la permanence du problème ne sont pas très claires… « Il existe un langage tactile qu’il est facile d’oublier ou d’ignorer« , a expliqué au New York Times le Dr. Roger Kneebone, professeur d’éducation chirurgicale à l’Imperial College London. Tout comme pour l’apprentissage d’une langue étrangère, le médecin pense qu’il est plus facile d’acquérir ce « langage tactile » quand les individus sont jeunes. « Plus tôt vous commencez à faire une tâche physique et répétitive, plus la motricité devient ancrée et instinctive« , confirme au journal américain un certain Dr. Spetzler, patricien qui s’est forgé une réputation de chirurgien virtuose du cerveau au cours de ses plus de 40 ans d’activité. Il dit avoir développé sa dextérité lorsqu’il était enfant en jouant du piano. Et il a commencé à pratiquer une chirurgie au lycée – sur des gerbilles. Toutes ont survécu. »Ce qui fait un bon chirurgien, c’est une pratique implacable.« 

En effet, la littérature scientifique regorge d’études montrant une corrélation entre l’expérience des chirurgiens et les résultats pour les patients. Plus le chirurgien effectue de nombreuses procédures, moins ses patients risquent d’être hospitalisés longtemps, moins ils ont de chances de souffrir de complications et, plus important encore, plus ils ont de chances de survivre.

Se salir les mains, ou pas

L’introduction de la semaine de travail maximale de 80 heures en 2003 (60h en Belgique depuis le 12 décembre 2010, NDLR) a eu pour conséquence collatérale de limiter la disponibilité des stagiaires en chirurgie pour leur permettre de participer aux opérations et d’affiner leurs compétences. Un précieux bagage d’expérience supplémentaire. Et alors que la chirurgie nécessitait autrefois de littéralement couper le patient, les progrès de la technologie ont créé des procédures moins invasives utilisant des instruments technologiques programmables comme le « Gamma Knife » (appareil utilisé pour des traitements neurochirurgicaux), qui utilisent des radiations focalisées pour détruire les tumeurs plutôt que de les enlever physiquement.

Certaines des nouvelles techniques qui permettent de ne pas trop se salir les mains exigent moins de dextérité manuelle et davantage de compétences et de réflexes qu’on acquiert par exemple… en jouant à des jeux vidéo. Mais néanmoins, les apprentis ont besoin de répétition et d’expérience pour bien réussir.

Outre-Manche et outre-Atlantique, de plus en plus de patriciens se demandent également s’il serait peut-être temps de reconsidérer la manière dont les étudiants en médecine sont sélectionnés pour les programmes de chirurgie. Les candidats y sont retenus en fonction de leurs notes et résultats aux tests écrits. Mais comparé au stress de la page blanche, la pression vécue en salle d’op’ est une autre paire de manches…

Belga Images

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