« Pour moi, trouver un appart à Bruxelles est facile »

La discrimination au logement est difficile à concevoir pour les hommes blancs hétéros de la classe moyenne dont je fais partie. Pour faire parler les chiffres, j'ai gardé les yeux ouverts et j'ai tout vu.

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Lors de mon retour de huit mois de voyage à travers l’Asie et l’Amérique, j’ai immédiatement pris des contacts pour trouver un appartement « dans les deux semaines ». Mon entourage m’a dit que c’était irréaliste. D’abord, ni ma copine ni moi-même n’avions un emploi stable. Ensuite, à Bruxelles, la concurrence est rude.  Dès le premier jour de visite, deux logements nous ont plu: l’un à Schaerbeek, l’autre à Woluwe-Saint-Lambert. On a postulé et, contre toute attente, obtenu les deux. Onze jours plus tard on emménageait. Pourquoi dit-on que trouver un appart est compliqué? Je m’étais déjà posé la question lors de ma première location à Etterbeek quatre ans plus tôt. Le jour de la visite, 19 personnes m’avaient succédé. Le soir venu, le coup de fil était pourtant positif.

Non, je ne suis pas plus exceptionnel que les autres. Par contre, je suis – il faut bien l’admettre – chanceux d’être né homme, blanc et hétéro dans une famille de la bonne classe moyenne qui m’a permis d’étudier à l’université. Je ne dois mon succès dans le cœur des proprios que sur cette base hautement injuste. J’ai vu d’autres candidats au moins aussi crédibles que moi. Puis, un agent a dit de cette femme: « Elle gagne 2500 euros par mois, mais a un enfant et est célibataire« . Et cette proprio nous a affirmé sans connaître nos noms, nos professions, ni nos revenus: « Je veux que ce soit vous« , en jetant un œil noir aux deux copines au teint bronzé encore sur le perron de l’immeuble.

Je me rappelle également de cet agent immobilier interrogé dans le cadre d’un dossier pour Moustique qui avait tout admis sans détour une fois l’enregistreur éteint. À en croire cette étude du Gouvernement bruxellois, un agent immobilier sur trois accepterait comme lui de discriminer sur demande des clients. Les proprios seraient encore plus nombreux à l’admettre (87 % selon SOS Racisme). Que faire contre cette réalité? On ne pourra en effet jamais obliger un propriétaire à choisir tel ou tel candidat. D’autant qu’il peut justifier son choix par autre chose qu’une couleur de peau, une religion, une orientation sexuelle ou une monoparentalité. Continuer les campagnes de sensibilisation et les « tests mystères » dans les agences pour vérifier si les demandes illégales sont acceptées est un bon début. Mais la responsabilité nous revient peut-être aussi à nous, les privilégiés illégitimes, de réagir et de demander un choix juste aux propriétaires. Pourtant cette fois encore, je me suis tu, car si j’avais insinué que mes potentiels futurs propriétaires discriminaient, même inconsciemment, je serais probablement encore en train de squatter chez mon frère.

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