Les joueurs de Fifa sont-ils tous malades ?

Alors que l'OMS a reconnu l'addiction au jeu vidéo comme une maladie, RTL diffuse ce vendredi la phase finale de l’eChampions League. Une première pour l’eSport sur une chaîne généraliste en Belgique.

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Après avoir longtemps dédaigné et mésestimé l’impact de l’E-sport, les médias traditionnels tentent de prendre le train en marche et d’exploiter le filon. Ce 31 mai – la veille de la finale de la “vraie” Ligue des Champions opposant les Anglais de Liverpool et Tottenham -, les matches de l’eChampions League seront diffusés sur Club RTL et sur RTLplay à partir des quarts de finale. Le tournoi, une première mondiale pour la franchise Fifa, confrontera les huit meilleurs joueurs mondiaux en compétition pour un prize-money de 100.000 dollars pour le vainqueur. Toutes les phases seront commentées par les meilleurs joueurs de Fifa de Belgique en compagnie d’Anne Ruwet. De quoi asseoir la discipline dans le paysage médiatique télévisuel ?

Au micro de La Première le 20 mai, Samy Bessi, vice-président de l’agence de management Epsilon et membre du Board européen de la Wesco (World E-sports Consortium), se plaignait encore d’un manque de considération vis-à-vis l’E-sport : “ En Belgique, il y a un très grand retard qui s’est accumulé à cause du fait que beaucoup de gens n’étaient pas intéressés ou n’estimaient pas le sport à sa juste mesure.” Voilà qui pourra peut-être changer la donne.

Du succès, mais pas de statut

L’E-sport connait une popularité croissante sur Internet. D’après un rapport de Newzoo, site de statistiques dédié à l’E-sport,, le secteur a attiré en 2018 – en grande partie via Twitch, la plus grande plate-forme de streaming de jeux vidéo – la bagatelle de 165 millions de spectateurs réguliers et 215 millions de spectateurs occasionnels. D’ici 2021, Newzoo prévoit 250 millions d’aficionados et 307 millions de curieux. L’Europe, avec ses 16% de parts de marché, représente le deuxième public en termes de taille loin derrière l’Asie et ses 57%. À lui seul, le secteur brasse actuellement 900 millions de dollars ventilés en droits de diffusion, en publicité, en sponsoring, en merchandising, en tickets et en redevances aux éditeurs de jeux. Le montant devrait atteindre 1,65 milliard d’ici deux ans…

Malgré cette manne financière conséquente, il n’existe aucune sorte de régulation. “Il faut un organisme et des tribunaux compétents pour savoir ce qu’il se passe quand les acteurs de l’E-sport […] se sentent lésés ou quand des joueurs pratiquent de la fraude ou du dopage”, tonne Samy Bessi, avant de poursuivre : “Aujourd’hui, il y a beaucoup de choses qui se font par les différents promoteurs, organisateurs d’événements, joueurs, structures… Le statut de joueur professionnel en Belgique n’est pas reconnu. [Il est possible de gagner sa croûte avec l’E-sport] mais sans aucun statut, sans aucune protection, sans rien du tout.”

La patho du jeu vidéo

Pendant que ses partisans tentent d’organiser l’E-sport en tant que profession, l’Organisation Mondiale de la Santé a de son côté jugé que la pratique pouvait s’avérer néfaste… Le 25 mai, elle rangeait la pratique des jeux vidéo en ligne dans la case des maladies et plus seulement dans celle des pathologies. Tous les jeux vidéo ne sont toutefois pas logés à la même enseigne, étant donné que seuls les jeux vidéo en ligne sont concernés par cette classification.

Michael Stora, psychologue-clinicien spécialiste du jeu vidéo et ses conséquences, a fait part à LCI de ses inquiétudes par rapport à cette décision de l’OMS. “ Ce n’est pas forcément positif qu’elle devienne une maladie reconnue”, avance-t-il. “La manière dont elle est présentée n’est pas la bonne. Là, on entrevoit de l’hospitalisation longue durée et de la médication pour sortir les joueurs de leur addiction. D’autres voient surtout la possibilité du remboursement par la Sécurité sociale… Les accros risquent en fait de se retrouver dans des services d’addictologie avec des toxicomanes ou des alcooliques aux profils totalement différents. Et ce n’est pas parce que vous les éloignez de leur console que ça va les sevrer, cela n’a rien à voir !”

Malgré l’engouement engendré, l’E-sport semble encore tâtonner dans le noir. Pas parce qu’il est aveugle, mais parce que certains s’obstinent à éteindre la lumière.

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