Les Écologistes ont-ils raté leur campagne ?

Cure d’opposition, scandale Publifin et Samusocial et contexte d’urgence climatique : jamais les étoiles pour une victoire éclatante d’Ecolo et Groen n’ont été autant alignées. La vague verte n’est pourtant pas arrivée. La responsabilité en incombe en partie aux deux formations.

Zakia Khattabi, Meyrem Almaci et Jean-Marc Nollet

On attend toujours la fameuse vague verte. Les résultats d’Ecolo-Groen le 26 mai dernier s’avèrent en effet mitigés, voire décevants, au regard du contexte particulièrement favorable. Il leur était en effet possible d’espérer fructifier davantage leurs cinq années sur les bancs d’opposition et de plus profiter des scandales Publifin et Samusocial. Et puis surtout, le réchauffement climatique et la disparition de la biodiversité mettent l’humanité en danger. Rien que cela oui. C’est la quasi-totalité de la communauté scientifique qui le crie haut et fort depuis plusieurs années. Malgré les cris de victoire retentissants des partis écologistes dimanche dernier, leurs résultats doivent probablement laisser plus d’un militant sur sa faim. Les 10,1% de Groen au Parlement flamand n’ont pas vraiment de quoi sauter au plafond. Du côté francophone, les intentions de vote plaçaient respectivement Ecolo premier et deuxième parti à Bruxelles et en Wallonie. Au final, le parti dégringole chaque fois d’une place sur le podium. Au Parlement wallon, Ecolo fait même moins bien qu’en 1999. Avec 14 sièges remportés à l’époque, contre 12 le 26 mai dernier. 

Un contexte favorable

Certes, le scrutin l’a rappelé : de nombreux électeurs ont d’autres priorités que le climat. Mais et si la campagne Ecolo-Groen avait connu de sérieux ratés ? Il était en effet possible de faire mieux. C’est ce que pensent deux politologues contactés par Moustique. Un troisième souligne, quant à lui, les attentes souvent trop élevées induites par les sondages. « Ils sont passés à côté d’un momentum. Groen a fait une campagne très décevante. En Flandre, leur résultat l’est aussi. Ils font 10,1% au Parlement flamand. On parlait quand même de la future première famille politique et de Kristof Calvo comme premier ministre », insiste le politologue Dave Sinardet (VUB). Vincent Laborderie (UCLouvain) confirme: «Cela reste aussi un mauvais score en Wallonie. Pourtant, quand on regarde, il y avait un alignement des planètes qui leur était favorable. Mais, au final, ils n’y arrivent pas». Pierre Vercauteren (UCLouvain) enchaîne sur un ton plus nuancé : : «Groen progresse d’élection en élection. Du côté wallon, il y a une percée significative. Après, on peut s’interroger si avec l’urgence climatique, on ne pouvait s’attendre à plus».

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Des attaques qui ont fait mouche

Un premier constat : les Écologistes ont été durant des mois la cible du MR, l’Open VLD et la N-VA. Avec quelques éléments de langage clés récurrents comme la rage taxatoire, un problème de réalisme et une certaine ambiguïté. À ces attaques, les deux états-majors ont rarement été capables de trouver la parade. «Groen n’a pas très bien réagi à ces attaques. Avec leur projet de suppression des voitures de société, ils n’ont pas été capables de rassurer sur l’éventuelle perte de pouvoir d’achat. Ils ont été un peu perturbés par toutes ces attaques. Or, le fait d’être attaqué n’est pas spécialement mauvais. Cela te met aussi au centre du jeu. Mais il faut savoir réagir. Au final, la N-VA et l’Open VLD ont réussi à donner de Groen l’image d’un parti pas réaliste. Pourtant le Bureau du Plan a validé tout une série de leurs mesures », explique Dave Sinardet. Ecolo donne également l’impression d’avoir joué avec le frein à main durant la campagne. Vincent Laborderie explique : « Ils avaient de très bons résultats dans les sondages et j’ai l’impression qu’ils ont joué défensif, qu’ils se sont dits ‘on va faire profil bas et on va attendre’. Cela a failli marcher, puis il y a  eu le tract ciblant les électeurs musulmans. Le MR a beaucoup tapé sur eux et a mis le doigt sur leurs ambiguïtés. »

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Une image d’arrogance?

Des ambigüités vraiment ? C’est une des attaques les plus insistances à l’encontre des Verts. Une critique en partie justifiée, estime notre politologue d’UCLouvain. «Sur le tract, ils n’ont pas clarifié leurs positions. Il y a une différence entre Ecolo Bxl et Ecolo Wallonie, ce qui n’est pas anormal, mais cela concerne tout le monde. Mais ici, ils ne sont pas sortis de leurs ambigüités, ils ont essayé de noyer le poisson. C’est quelque part d’une forme de crédibilité dont ils ont manqué », explique-t-il. « Ils ont également un positionnement très idéologique, en tout cas sur la question nucléaire. Il n’est pas possible par exemple de respecter les engagements belges en termes d’émissions de co2 et de fermer toutes les centrales nucléaires. Ils ont donné une image de parti idéologique ». Une critique revient également chez les deux observateurs politiques : une image d’arrogance. « Meyrem Almaci et Kristof Calvo ((NDLR : présidente de Groen et son chef de groupe à la Chambre) ont aussi été arrogants. Ils ont donné une image de personnes sûres d’elles-mêmes en raison des sondages », estime le politologue anversois. 

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Déficit de leadership

La critique vaut pour la coprésidente francophone Zakia Khattabi. « Il y a un problème en termes d’image avec elle. Quand on la voit s’exprimer, il y a des postures idéologiques. Elle a une image arrogante, tellement dans la certitude d’avoir raison. Elle incarnerait le camp du bien. C’est l’image qu’elle donne en tout cas. On l’a vu juste avant les élections avec son accusation sur Gaïa et le Vlaams Belang », indique Vincent Laborderie. Autre élément problématique : le manque de leadership. Si la campagne menée par le coprésident wallon Jean-Marc Nollet est globalement saluée, sa vis-à-vis bruxelloise et les deux ténors de Groen ont moins convaincu. Les refus de débattre plusieurs fois avec d’autres leaders de parti ont donné l’impression que l’Ixelloise n’osait pas y aller. Du côté flamand, les doutes sur la capacité à être à la hauteur n’ont également pas été dissipés. « Almaci a souvent dû utiliser ses fiches lors des débats, ce qui n’a pas aidé », note Dave Sinardet. Le déficit de personnalités médiatiques au sein des ceux formations est également pointé du doigt. « Pourtant, ils ont eu cinq ans pour faire émerger des personnes », expliquent les deux politologues.

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La marge d’erreur des sondages

Bien sûr, les nombreux sondages extrêmement favorables ont suscité certaines attentes. Pierre Vercauteren estime qu’il ne faut pourtant pas leur jeter la pierre. « On oublie souvent qu’il y a une marge d’erreur dans les sondages de 2 à 3% alors qu’Ecolo était en tête à Bruxelles de 1,5%. Deuxièmement, il ne faut pas oublier que beaucoup d’électeurs ne savaient pas encore pour qui voter 24h avant le scrutin, voire même quelques heures avant », indique-t-il. Les résultats ont par ailleurs rappelé une réalité : l’importance des questions socio-économiques et migratoires auprès d’une partie de l’électorat. Reste que l’ultra-majorité de la population s’accorde sur l’urgence des enjeux climatiques. Et les deux partis écologistes ont échoué à convaincre une partie significative des habitants du pays sur la crédibilité de leur projet. Nos observateurs sont clairs: il y avait moyen de faire mieux.

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