On a aussi voté pour les européennes, qui s’en souvient?

Dimanche, dans 28 pays, 427 millions d’Européens élisaient 751 députés. Qui s’en est aperçu?

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Malgré 20 heures de direct, nos chaînes nationales n’ont consacré que quelques minutes à des résultats tardifs et sans évoquer leurs impacts potentiels sur des thématiques aussi significatives que la protection du consommateur, l’agriculture, la fiscalité… Dommage, pour une fois, derrière les mauvaises, il y avait de bonnes nouvelles à médiatiser. On concédera que l’installation du nouveau Parlement, la désignation de son président, de celui de la Commission ou du Conseil traîneront jusqu’à l’automne. On reconnaîtra aussi que chaque grand pays a transformé cette élection à la dimension sans équivalent en duels nationaux, comme en France et en Italie où les partis de la droite extrême ont gagné.

En Belgique où personne ne conteste réellement l’Europe, ce volet très négligé a donné des scores correspondant en gros aux chiffres nationaux (avec un envol plus marqué des Verts). Symbole de ce désintérêt général, le socialiste Paul Magnette qui vampirise 295.000 voix de préférence est resté invisible. C’est qu’il avait annoncé avant le scrutin qu’il ne siégerait pas pour continuer à se consacrer à sa ville de Charleroi.

Le triomphe anticipé des Brexiters de Nigel Farage a eu lieu, mais la sortie de l’Angleterre était programmée depuis 2016. Les euro-sceptiques font de l’Europe un épouvantail qui sert à leur rameuter des électeurs, mais ils profitent trop de ses aides (la Pologne en est le bénéficiaire n°1) pour menacer de la quitter. Malgré la majorité absolue de Viktor Orbán en Hongrie (un exploit après 8 ans au pouvoir) et même s’ils s’unissaient, les europhobes rassembleraient moins d’un tiers des députés et seraient incapables de bloquer le Parlement. Mieux, la montée des écologistes et des centristes conjuguée aux pertes de la droite et des socialistes rééquilibrent les coalitions. Une domination sans partage n’est plus possible et, dans un hémicycle plutôt raisonnable, on peut espérer des débats constructifs. Jusqu’ici engluée dans ses origines de communauté économique, l’Europe a enfin une chance de changer.

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