Le cordon sanitaire est au bord de la rupture

Face à la marée brune qui s'abat sur la Flandre, Bart De Wever n'a posé d'exclusive que pour le PS et pour Ecolo. Un scénario effrayant est en train de s'enclencher, celui de la rupture du cordon sanitaire qui tenait vaille que vaille depuis 1988 en Flandre.

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Une majorité courte en Flandre entre N-VA et Vlaams Belang n’est pas  possible mais à un siège près seulement. C’est le premier enseignement -et sans doute le plus effrayant- des résultats de ce scrutin régional et fédéral. Le Vlaams Belang effectue une remontée impressionnante.

Le plein de déçus

« Filip De Winter avait raison il y a dix ans quand le Vlaams Belang s’était écroulé face à la montée de la N-VA. En 2006, il avait dit « les déçus reviendront » », se souvient Manuel Abramowicz, qui coordonne RésistanceS, le « web-journal de l’Observatoire belge de l’extrême droite ». C’est fait mais cela va même au-delà puisque le gain enregistré par le VB est plus important que la perte enregistrée par la N-VA. Il n’y a donc pas seulement un effet de vases communicant entre les deux partis. « Le VB récupère les déçus de la participation gouvernementale du CD&V. Mais aussi des voix sur le sp.a. », souligne Manuel Abramowicz.

Un parti qui renaît de ses cendres

« Le VB est un parti qui renaît de ses cendres. Et de ce fait, le rapport de force politique lui est favorable sur la N-VA. Aujourd’hui le parti de l’historien De Wever est à la croisée des chemins. Soit il reste fidèle à sa tradition réformiste qui s’oppose au côté révolutionnaire du Vlaams Belang. Soit il s’allie avec le VB. » Soulignons lourdement que les deux partis ont un objectif commun : la fin du pays. Le Belang hurle dès à présent à la rupture du cordon sanitaire. « Une telle rupture correspondrait à la fin politique du pays avec une Flandre ultra-droite qui serait comme une mini Italie. »

Un cordon vacillant

Le cordon sanitaire tient depuis 1988 en Flandre, du moins politiquement. Et encore. Le Vlaams Belang est présent à l’avant-scène des médias depuis tout ce temps. « En 1988, c’est un Agalev (un vert, donc, NDLR) qui avait appelé à un cordon sanitaire que tous les partis démocratiques avaient signés, y compris la Volks Unie. Cet accord disait qu’il n’y aurait jamais de coalition avec l’extrême-droite ni de soutien politique pour le vote de lois. Ce second aspect a déjà été brisé à plusieurs reprises. Par ailleurs, dans les débats, ils sont ensemble. En coulisses, le cordon a déjà été rompu en Flandre. Et puis, le VB siège au conseil d’administration de la VRT et de nombreux organismes publics flmands depuis des années. »

Un cas de figure historique

On est dans un cas de figure historique. Rien ne dit que si la N-VA rompt le cordon sanitaire, avec un score plus élevé que celui du Belang, il sera le parti dominant. C’est souvent le plus petit parti qui tient l’autre. Paul Magnette (porte-parole du PS) ne veut pas crier au scénario catastrophe mais c’est avec un air grave qu’il a souligné ce dimanche soir les difficultés liées à une N-VA incontournable et un Vlaams Belang en remontée. Il espère que les partis flamands resteront fidèles à la tradition du cordon sanitaire. C’est un Bart De Wever très mesuré, retenant tout mouvement de déstabilisation,  qui a pris la parole ce dimanche soir en annonçant que la N-VA avait perdu ses élections mais que la N-VA restait le premier parti. Il a parlé de temps difficiles.  Il a aussi félicité le Vlaams Belang en soulignant la victoire non de l’extrême-droite mais des nationalistes flamands. Ces deux prises de position montrent déjà à quel point le pays retient dès à présent son souffle.

 

 

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