Premier ministre: portrait-robot du job le plus dur du pays

Endurance physique, capacité à déjouer les pièges et à encaisser les coups, créativité au-dessus de la moyenne, diplomatie ou encore modestie: on s'est penché sur le descriptif de la fonction de Premier ministre.

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La fonction attire encore et conserve un certain prestige. Mais la liste des qualités nécessaires ferait pourtant reculer plus d’un recruteur chevronné. C’est que l’expression « ministrable » n’est pas un vain mot. Elle renvoie à une réalité: tout mandataire politique n’est pas en capacité de revendiquer un poste de ministre. Il faut un soutien politique, mais aussi une certaine envergure. Plus d’un bourgmestre du pays n’aurait ainsi pas les épaules pour un maroquin ministériel. Ministre fédéral, c’est plus exposé et c’est donc pire. Demandez à Jacqueline Galant (MR) et Hervé Jamar (MR). Alors Premier ministre… Depuis ce lundi, les rapports de force entre les formations sont en tout cas connus. La chasse aux clés du 16 rue de la Loi est officiellement lancée. Trois politologues esquissent pour nous les qualités nécessaires pour le poste.

Le Graal en politique belge 

Premier constat: les nombreux transferts de compétences de ces dernières années vers les régions n’ont pas tari l’intérêt pour la fonction. « La fonction reste quelque part la clé de voûte de la Belgique, de son système fédéral. Le poste de Premier ministre belge est encore toujours considéré comme le Graal en politique belge malgré les nombreux transferts de compétences. Le Premier ministre garde aussi dans ses prérogatives la présidence ou l’animation des comités de concertation. C’est la fonction la plus lourde, mais peut-être la plus excitante et intéressante », explique Pierre Vercauteren, politologue à l’UCLouvain Fucam Mons. Le chercheur en sciences politiques au Crisp Benjamin Biard confirme : « Cela reste quand même un des postes les plus en vue avec celui de commissaire européen. Les deux sont généralement négociés au même moment. Lors de la précédente majorité, cela s’est joué entre le MR et le CD&V. Au final, Marianne Thyssen a pris le poste de commissaire et le MR celui de Premier ministre ».

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Leadership, diplomatie et ténacité

« Il faut une capacité de négociation importante, avoir de la ténacité, de la créativité, une capacité de leadership et d’animation d’une équipe. Savoir mettre un véto. C’est la personnalité vers qui convergent tous les dossiers. Tout remonte vers le Premier ministre. C’est un peu quelque part lui qui encaisse les coups », indique Pierre Vercauteren. « Il faut trouver un équilibre. On a toujours un regard sur tous les dossiers. Il faut avoir un œil sur tout. Pour être sûr que le dossier avance, mais aussi qu’il avance comme cela a bien été convenu au sein de l’équipe ».

La charge de travail est lourde. Un « PM » n’est en quelque sorte jamais en vacances. « Le seul moment où il peut débrancher son téléphone, c’est éventuellement dans l’avion en route vers un autre pays. Et encore… », ajoute le chercheur. Au moins peut-il récolter les fleurs après chaque projet de loi mené à terme? Absolument pas, insiste Vincent Laborderie, politologue de l’UCLouvain: « Il faut aussi de la modestie: on est quelque part le notaire de la majorité. Le Premier ministre ne fait que mettre en place et faire accepter les idées décidées au sein du kern ».

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Plaire aux deux communautés linguistiques

Contrairement aux Pays-Bas, dont le scrutin proportionnel engendre aussi un paysage politique morcelé, il ne faut pas seulement trouver une majorité. Plaire de l’autre côté de la barrière linguistique s’avère important. « Il y a une double particularité en Belgique: le linguistique et le système de coalition. Il faut essayer d’arriver au centre d’une coalition sur le plan idéologique. Pour Charles Michel (MR), c’était parfait de ce point de vue. Il avait le CD&V à sa gauche et la N-VA à sa droite. Pour Elio Di Rupo, c’était plus compliqué car il était à la gauche de sa majorité », explique Vincent Laborderie. « Il faut être capable d’incarner la fonction des deux côtés du pays. C’est pour cela que je ne crois pas à l’hypothèse Jan Jambon. Il est marqué non seulement sur le plan communautaire, mais aussi à droite. Je ne pense d’ailleurs pas que ce parti veut vraiment le poste ». Quant à Benjamin Biard, il se souvient des difficultés d’Yves Leterme à incarner la fonction du côté francophone : « Il y a eu plusieurs moments de tension, comme lorsqu’il avait chanté la Marseillaise au lieu de la Brabançonne ».

Parti et expérience

La taille de son parti joue évidemment un rôle clé. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre est généralement issu du principal parti de la majorité. « Elio Di Rupo et Charles Michel sont un peu les exceptions à la règle. Il y a aussi le cas de la victoire éclatante du PS de Guy Spitaels en 87, mais après laquelle Wilfried Martens était devenu Premier ministre, alors que le CVP avait moins de sièges », note Pierre Vercauteren.

L’expérience ministérielle et parlementaire représente aussi un atout non négligeable. Yves Leterme et Elio Di Rupo avaient ainsi une ministre-présidence régionale dans les jambes, Jean-Luc Dehaene (Cd&V) dix années de passé ministériel, Charles Michel sept ans (mais pas au sein du kern constitué des vice-premiers) et Guy Verhofstadt deux ans. « Il y a une exception notable: celle de Wilfried Martens qui n’avait aucune expérience. Cela peut cependant pourtant beaucoup aider », explique Benjamin Biard.

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Qui sortira du chapeau ?

La question du genre et de l’âge jouent aussi un rôle. « On n’a jamais eu de femmes en Belgique. On pourrait avoir ici Gwendolyn Rutten (Open VLD) ou Meyrem Almaci (Groen). Les avoir comme première ministre, cela pourrait être en quelque sort une manière de gagner en représentativité. Pour l’âge, notons qu’on a eu avec Charles Michel, le Premier ministre le plus jeune de l’histoire. Il avait 38 ans. Kristof Calvo dont le nom revient comme possible candidat a 32 ans », indique aussi le chercheur du Crisp.

Les surprises s’avèrent en tout cas possibles. Les cas récents Di Rupo et Michel en témoignent. Vincent Laborderie n’hésitait pas pour sa part à se mouiller avant le scrutin: « Je vois trois prétendants: une coalition à gauche avec Di Rupo ou une de centre-droit avec Michel ou Wouter Beke (NDLR : président du CD&V). Je ne crois pas à Calvo », nous expliquait-il ce week-end. Réponse dans les semaines ou mois à venir …

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