Marches pour le climat: l’heure du bilan

De l’Australie à l’Ouganda, des milliers de manifestations étaient prévues ce vendredi pour la deuxième grève internationale pour le climat. Nos jeunes Belges ont déplacé expressément leur 20e jeudi de protestations pour en faire partie. À deux jours des élections, peut-on dire que ces rassemblements ont changé quelque chose?

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Le cortège démarrait aujourd’hui à 13h de la gare de Bruxelles-Central pour se terminer à 14h30 par un mini-festival baptisé « Make Noise for Climate », à Tour & Taxis. La manifestation a rassemblé 7.500 participants. À quelques jours des élections européennes, fédérales et régionales, les revendications de ce mouvement né il y a cinq mois sont restées les mêmes : une politique environnementale et sociale pour la Belgique.

Dans le camp des politiques

La semaine dernière, Adélaïde Charlier, porte-parole francophone de Youth For Climate, expliquait que « la balle se trouve désormais dans le camp des politiques ». Une phrase qui ne résonne que trop bien dans ce climat pré-électoral. Mais au lieu de devenir une réelle ambition commune à tous les partis politiques, la protection de l’environnement semble être devenue un sujet de discorde et de comparaison que les partis s’envoient à la figure pendant les débats. Pas plus tard qu’hier, Maxime Prévot (cdH), en plein duel politique avec l’Ecolo Alain Maron, déclarait avec véhémence : « M. Nollet dit sans cesse qu’il nous reste dix ans pour agir selon le rapport du GIEC. Il a raison. Je rappelle qu’il a été ministre lui-même pendant dix ans, je ne vois pas aujourd’hui qu’il fasse moins chaud ».

Si Kyra Gantois, autre figure de la jeune mobilisation belge pour l’environnement, se réjouissait la semaine dernière d’avoir « réussi à réinscrire le climat à l’agenda politique », la jeune fille se désole quand même du peu de changement : « Tout le monde en parle », mais « rien n’a vraiment changé du côté des responsables politiques ». Présents dès la première marche du 2 décembre, les partis ont vite été pointés du doigts par le mouvement pour leur manque d’action, voire de réaction, concrète en faveur du climat.

Les 19 marches qui ont suivi (et celle d’aujourd’hui) ont tout de même réussi une chose (et non des moindres) : placer le climat au cœur de cette campagne. Et puisque la grève de ce vendredi ne se cantonne pas qu’à la Belgique (1263 villes de 107 pays différents sont concernées par la mobilisation), le mouvement espère également avoir un impact sur les élections européennes dont le coup d’envoi a été donné hier. D’après un baromètre publié en avril par le Parlement européen, le changement climatique et la protection de l’environnement gagnent en importance dans les préoccupations des citoyens européens. C’est principalement le cas dans des pays comme la Suède, les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande, la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la France et Malte. D’autres nations se sentent par contre moins concernées par ces enjeux comme la Bulgarie, la Roumanie et la Pologne. « Comparé à 2014, c’est vraiment devenu l’un des enjeux majeurs », a affirmé à l’AFP Dara Murphy, directeur de campagne du Parti populaire européen (PPE). Son parti a ajouté le changement climatique à son programme au cours des deux dernières années.

Une pétition

Côté citoyens, la conscience climatique aurait également augmenté suite aux mobilisations. Selon une enquête menée par Sign for my future, 54% des Belges veulent une loi sur le climat, 66% un plan d’investissement et 73% un conseil du climat. Pas sûr que le sondage aurait récolté les mêmes chiffres sans les actions de Youth For Climate. Enfin, 36% estiment que « la problématique du climat va certainement influencer leur choix de vote le 26 mai ». Mercredi, le collectif remettait à plusieurs responsables politiques une pétition signée par 267.617 Belges et demandant une loi climat, un plan d’investissement et un conseil climat. Aucun des politiques présents n’a affiché publiquement un désaccord à ces trois exigences.

Quand les écoles s’en mêlent

Impliquées malgré elles, les écoles ont elles aussi dû réagir. Si certains profs et directeurs·trices n’ont pas soutenu leurs élèves brosseurs, d’autres ont soit adopté des « punitions » intelligentes (participer à un débat ou visionner un film sur le sujet) ou on soit carrément rejoint leurs élèves dans la rue. Certains établissements ont aussi décidé d’installer plusieurs actions en faveur du climat, aidées par des plateformes comme le Plan Air Climat Énergie, le site de l’Agence wallonne de l’air et du climat ou Bubble (le réseau des écoles bruxelloises en action pour l’environnement).

Celles qui étaient déjà impliquées dans la protection de l’environnement ont renforcé leurs actions, encouragées par le mouvement. C’est par exemple le cas de l’école d’Adélaïde Charlier: « Une « éco-team » avait déjà été créée il y a plusieurs années. C’est un petit groupe qui fait la promotion du développement durable auprès des élèves. Depuis le début des grèves, les demandes pour intégrer l’équipe ont explosé ! Les élèves veulent encore plus d’actions ».

Malgré ces observations, il est difficile de dresser le bilan d’un mouvement dont la dernière action vient de se terminer, surtout en l’absence de chiffres concrets. « Seuls les gens peuvent renverser la tendance », a-t-on pu voir aujourd’hui sur la pancarte de manifestants. Les résultats des élections de ce dimanche nous diront peut-être s’il est encore utile de descendre dans la rue pour changer le monde…

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