Viols collectifs: que deviennent les victimes ?

On dénombre quatre « tournantes » par semaine en Belgique. Au-delà des statistiques, se pose la question de l'accompagnement et de la gestion de la souffrance des victimes.

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Sept jeunes ont été interpellés suite à un viol collectif, qui s’est déroulé à Chaudfontaine dans la nuit du 30 au 31 mars, dont une partie a été diffusée sur le réseau social Snapchat. Une agression particulièrement sordide sur une jeune fille d’une quinzaine d’années à peine. Tout comme leur victime, les auteurs des faits étaient très jeunes : de 13 à 18 ans. L’histoire fait écho à de nombreuses autres affaires relayées ces derniers mois par les médias, en France comme en Belgique.

Les viols collectifs sont-ils en augmentation ? Suite aux récents chiffres sortis dans la presse, qui font état de quatre « tournantes » en moyenne par semaine en Belgique toutes régions confondues, la question semble légitime. Des statistiques qui hérissent, d’autant que seuls les faits avérés sont répertoriés, soit ceux pour lesquels une plainte a été déposée. Il ne s’agit donc que de la partie émergée de l’iceberg. Une moyenne qui, aussi choquante soit-elle, serait pourtant stable depuis près de 30 ans. Comme le confirme Françoise Leroux, psychologue au Centre de Prise en charge des victimes de Violences Sexuelles (CPVS) du CHU de Saint Pierre, on ne constate pas d’augmentation de ces viols en bande. « Ce qui est nouveau, par contre, c’est que certaines de ces agressions sont filmées et diffusées sur les réseaux sociaux. » Ce qui exacerbe le traumatisme de la victime.

Pour accompagner au mieux les victimes de viols, en plus du système classique de dépôt de plainte qui n’est pas toujours optimal, trois centres (CPVS) ont été créés en 2017 : à Gand, Liège et Bruxelles. Ils offrent un accompagnement complet avec un trajet de soins spécifiques et des infirmières légistes formées spécialement pour réagir à la problématique. Ils sont ouverts 24H/24 et offrent la possibilité de porter plainte directement si la victime le désire. De fait, les policiers se déplacent à l’hôpital, ce qui évite à la personne agressée de devoir se rendre au commissariat. Ces lieux ont été créés dans le but de contribuer à un mouvement de libération de la parole des victimes. Une manière de simplifier les démarches, mais surtout de limiter les traumatismes, qui semble porter ses fruits. Avant la création de ces CPVS, seules 10 à 15% des victimes de violences sexuelles portaient plaintes, des proportions qui atteignent désormais les 68%. Une augmentation drastique qui permet de pérenniser l’essai : d’autres centres devraient s’ouvrir dans les prochains mois.

On compte en Belgique plus de 100 viols par jour

Dans 50% des agressions sexuelles, l’auteur est connu de la victime. Il peut s’agir d’un ami, d’un collègue, d’un voisin,… Françoise Leroux détaille la problématique « Il y a des questions à se poser au niveau du basculement, qu’est-ce qui fait qu’une relation, qu’elle soit amicale ou amoureuse, dégénère au point qu’une personne se fasse violer ? » Il y a encore une large proportion de gens qui n’entendent pas le « non » énoncé par la victime. La question du consentement est plus que jamais d’actualité. On compte en Belgique plus de 100 viols par jour. Ce chiffre est une évaluation effectuée par le cabinet de la secrétaire d’État fédérale de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

« Bien sûr qu’il y a un travail de prévention à faire chez les enfants concernant le consentement. Quand je reçois des victimes d’agressions sexuelles, au début de la prise en charge, je vais systématiquement montrer deux vidéos, dont celle du « Tea Consent » qui est extrêmement bien faite. L’autre détaille ce qu’est le freezing, qui explique pourquoi le corps se paralyse quand il a peur. C’est un réflexe qui permet aussi d’éviter des blessures et la plupart du temps on ne peut rien faire contre ça. C’est un mode de protection. Une autre notion qui revient de manière transversale dans toutes les affaires que l’on traite, c’est la question de la honte que ressentent les jeunes femmes violées. Elles demandent si elles n’auraient pas dû agir différemment, réagir plus fermement. Une partie de notre travail est de les déculpabiliser. »

Travailler la question de la culpabilité et de la honte est primordiale pour les victimes, il est nécessaire de retourner ces caractéristiques, de remettre le focus sur l’auteur des faits, qui n’a pas respecté les droits, le consentement et les envies de l’autre. « Si certaines victimes n’osent pas aller porter plainte, la plupart du temps ce n’est pas parce qu’elle n’ont pas confiance dans le système judiciaire, mais c’est surtout parce qu’il s’agit souvent de très jeunes femmes qui n’osent pas rendre public quelque chose qui touche à ce point à la sphère intime. Elles ne veulent pas être étiquetées comme « victimes ». » Accompagner chaque pas de leur reconstruction est donc primordial.

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