Faut-il voter flamand à Bruxelles ?

Un mécanisme de protection garantit aux partis flamands une participation gouvernementale dans la capitale. Au regard des récentes intentions de vote, la N-VA pourrait devenir incontournable. Une situation qui inquiète un certain nombre d’électeurs francophones.

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Les Francophones bruxellois doivent-ils voter pour un parti flamand lors des élections régionales du du 26 mai prochain ? La question peut sembler ridicule de prime abord. Mais le raisonnement derrière est tout à fait cohérent et repose sur une analyse pragmatique de la réalité institutionnelle régionale. Le blogueur Marcel Sel a en tout cas fait son choix. Il livre ainsi ses conclusions le 17 mai dernier dans un article au titre explicite : « Bruxellois-e-s francophones, pour éviter la cata N-VA, votez flamand (MàJ)! ». Si les intentions de vote publiées samedi dernier par Le Soir se vérifient, la N-VA pourrait devenir le premier parti flamand dans la capitale. Et peut-être se rendre incontournable dans le prochain gouvernement bruxellois. Rudi Vervoort (PS) ou Zakia Khattabi (Ecolo) pour ne prendre que ces deux candidats à la ministre-présidence pourraient bien malgré eux se retrouver à la tête d’un exécutif comprenant la N-VA.

Possible chaos

C’est que le système électoral bruxellois est assez particulier. Quel que soit leur nombre d’électeurs, les partis flamands sont assurés de participer au gouvernement et d’y recevoir d’importants portefeuilles ministériels. Il leur revient de se mettre d’accord sur une majorité dans leur groupe linguistique de 17 députés. Or, le corps électoral néerlandophone est très réduit: un peu moins de 54.000 personnes. Quelques centaines de voix francophones peuvent donc faire la différence. La N-VA a ainsi triplé en 2014 son seul siège de député en obtenant 9.000 voix. Une N-VA incontournable pourrait faire traîner longtemps les négociations gouvernementales, voire faire vivre un calvaire à la prochaine majorité régionale. Ce n’est pas une certitude. Juste une possibilité. Le fait est que les nationalistes ont toujours entretenu une relation compliquée avec Bruxelles. Leur projet confédéraliste prévoit de mettre fin à son existence en tant que région à part entière. En outre, la réalité bruxelloise, c’est plus d’une centaine de nationalités différentes et une majorité de la population avec des origines étrangères. Son discours clivant sur les questions identitaires pourrait donc peut-être engendrer certains dégâts.

Du pour et du contre

Faut-il donc voter flamand ? Moustique a posé la question à deux politologues qui connaissent bien Bruxelles : Caroline Van Wynsberghe (UCL) et Dave Sinardet (VUB). La première ne souhaite pas répondre directement à la place des électeurs, mais livre quelques éléments de réflexion. «Une chose qui me chipote, c’est que l’électeur bruxellois francophone est pris en tenaille. On fait peser sur lui une responsabilité. On leur dit ‘si vous ne voulez pas que votre région soit bloquée, votez flamand’. Avec cette injonction, les Bruxellois ne peuvent voter selon leurs convictions et doivent jouer avec la représentation minimale garantie, laquelle porte très mal son nom », explique la politologue. « Ce type de craintes n’est pas nouveau par ailleurs. Elles ont déjà concerné le Vlaams Belang dans le passé. C’est notamment pour ça que le nombre de députés flamands garanti à Bruxelles est passé à 17 à partir de 2004, pour diluer le vote VB».

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Une voix qui compte double

Pour Dave Sinardet, en revanche, il faut clairement voter flamand aux élections régionales quand est francophone. «C’est ce que j’ai toujours dit. Pas spécialement pour bloquer tel ou tel parti, mais parce que leur voix comptera ainsi quasi deux fois plus. En gros, 10% des électeurs votent pour 17 députés et 90% des autres pour 72 députés. En plus, en votant flamand, vous avez un double pouvoir. Vous votez pour une deuxième élection. Vous choisissez en effet aussi les six députés bruxellois qui siégeront au Parlement flamand. C’est vrai que ceux qui veulent éviter une N-VA incontournable ont aussi plus de chance de l’éviter en votant flamand », explique le politologue flamand. Un scénario auquel celui-ci croyait davantage il y a un an qu’aujourd’hui. «À l’époque, la N-VA ciblait davantage les Francophones. Francken et Jambon faisaient des tweets en français. On parlait même de la possibilité que Francken se présente à Bruxelles au Fédéral. J’ai l’impression qu’ils ont changé de stratégie après les élections communales qui ne se sont pas très bien passées ».

La Volksunie a déjà gouverné avec le FDF

Les deux politologues ne voient pas pourquoi la N-VA ne monterait pas dans un gouvernement. « Ils l’ont fait au fédéral. Si au fédéral, il y a le suédoise bis, il n’y aura pas de soucis. S’ils se retrouvent dans l’opposition, ils pourraient être tentés d’utiliser Bruxelles pour exiger d’en être quand même », explique Dave Sinardet. «Je rappelle que la Volksunie et le FDF ont déjà fait partie de la majorité à Bruxelles, même si c’était peut-être disons un parti flamingant plus old school que la N-VA. Ce n’est pas à Bruxelles qu’on a les moyens de modifier les choses au niveau institutionnel», note Caroline Van Wynsberghe. Les deux académiciens se rejoignent sur un autre point : c’est peu probable que les nationalistes flamands montent dans un exécutif sans le MR. De là à se mêler des négociations francophones?

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« On veut prendre nos responsabilités »

Les principaux intéressés, eux, jurent qu’ils veulent gouverner, qu’ils ne bloqueront pas Bruxelles et ne chercheront pas à interférer dans le choix de la majorité francophone. «Je veux améliorer les choses et prendrai mes responsabilités », assure la tête de liste N-VA Cieltje Van Achter. Une certitude : la possibilité même qu’une minorité puisse en faire tellement baver à la majorité à Bruxelles montre les limites du système bicommunautaire actuel, conclut Caroline Van Wynsberghe.  

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