Disparition des abeilles : la Belgique mal notée

Un comité européen va se réunir une énième fois afin de déterminer quels pesticides nuisent le plus aux abeilles. Mais il y a peu d'espoir que toutes ces nouvelles discussions débouchent sur des mesures concrètes.

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« Si les abeilles disparaissent de la surface du globe, l’humanité n’aurait plus que quatre années à vivre« . Si, contrairement à la croyance collective, aucun document écrit ne permet d’attribuer la paternité de la célèbre phrase à Albert Einstein, la disparition des abeilles n’en demeure pas moins préoccupante.

Les insectes butineurs sont essentiels à la pollinisation et permettent à 80% des espèces de plantes de se reproduire. On estime que 30% de notre alimentation est directement liée au travail des abeilles. Or, 30 à 40 % des colonies ont été décimées en moins de 10 ans en Europe… Arrivée de nouveaux prédateurs (frelons asiatiques), changements climatiques, maladies contagieuses, les causes de leur disparition sont diverses. Notre modèle d’exploitation agricole, avec son système de monocultures et l’usage de produits chimiques, en serait toutefois le principal responsable.

« Les abeilles sauvages ne meurent pas directement à cause des pesticides« , explique le biologiste Olivier Honnay (KU Leuven) au quotidien De Morgen. « Mais certains pesticides leur font perdre la mémoire ou leur orientation. Elles finissent par ne plus trouver leur nourriture, ce qui les fera mourir. » Une pétition citoyenne a récolté un million de signatures pour encourager la Commission européenne à définir des règles strictes à l’encontre de l’usage de pesticides nocifs aux abeilles. La Belgique est particulièrement mal notée. Les abeilles butinent trop peu de fleurs dans nos champs où elles sont en outre attaquées par des parasites. Puis, il y a des résidus de toutes sortes de pesticides dans nos plantes…

Le problème est loin d’être nouveau. Des mesures ont été étudiés pendant des années au sein des institutions, sans grand résultat. Le comité européen compétent va se réunir une énième fois afin de déterminer quels pesticides nuisent le plus aux abeilles, mais au moins la moitié des États membres s’opposent à l’élaboration de critères de test… Peu d’espoir donc que toutes ces nouvelles discussions débouchent sur des mesures concrètes.

Mesures revues à la baisse

Pour sauver les abeilles, l’Europe a déjà retiré de manière permanente trois pesticides du marché l’année dernière (dont les néonicotinoïdes qui affectent la mémoire des insectes). Mais de nombreux autres produits chimiques n’ont pas été testés. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a identifié les risques aigus (les abeilles mourront-elles si elles touchent une plante pulvérisée?) et les atteintes chroniques (mourront-elles un peu plus tard ou vont-elles perdre la mémoire?) et a publié les résultats au sein d’un document manifeste. Celui existe depuis 2013 mais, six ans plus tard, il n’est toujours pas entré en vigueur car les lignes directrices dérangeraient certains Etats-membres de l’UE… Lesquels et pour quelles raisons ? Personne ne semble avoir d’explication.

Les mesures préconisées dans le manifeste ont pourtant depuis été revue à la baisse depuis et, d’après le SPF Santé, notre pays les aurait accepté. Le ministre de l’Agriculture, Denis Ducarme (MR), a déclaré que notre pays avait même élaboré ses propres directives en attendant l’adoption des règles européennes : à partir de cette année, les fabricants qui souhaitent placer un pesticide sur le marché belge doivent donc également tester les risques chroniques pour les abeilles sauvages et les bourdons. C’est bien, mais la seul interdiction de pesticides ne sera pas suffisante pour raviver immédiatement les colonies d’abeilles. Les experts plaident eux pour davantage de réserves naturelles sur le territoire, où les abeilles pourront évoluer dans un environnement sain.

En attendant, les citoyens qui possèdent un jardin peuvent créer leur propre « mini réserves naturelles » et participer à la protection des insectes butineurs à leur échelle. Notamment en supprimant les pesticides et herbicides utilisés sur les plantes. Il est aussi recommandé de ne pas tailler trop court les arbustes pour favoriser la production du nectar qui pourra nourrir les abeilles. Merci pour elles.

Belga Images

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