Boulettes de campagne

Un tract d’Écolo, un clip du MR et une campagne stoppée net du CD&V. Combien de voix ces faux pas coûteront-ils aux partis?

© Belga Image / THIERRY ROGE

Un candidat Écolo sur une brocante à Bruxelles, pin’s vert accroché au tee-shirt, regard hésitant. “Oui, on m’en parle. Pas que de ça mais…” Le tract qui a soulevé l’inquisition, le blasphème et une chorale de détracteurs a fait mal. “Une ruine”, dit-il. “Ce sont des questions qui demandent de la nuance”, ajoute-t-il. Un « oui, mais non » au voile dans l’administration ou à l’étourdissement des bêtes avant leur abattage, ça ne dit rien de bon à l’électeur hésitant et exigeant. Écolo a distribué à Laeken un tract préconisant notamment le port du foulard islamique dans les administrations et les écoles. Il a été désavoué par la coprésidente Zakia Khattabi.

© Moustique / D.D.

Dans cette campagne, Écolo était dans une stratégie du dos rond et de la prudence, surfant sur la vague qui montait au nom du climat. Rien ne dit que tout est retombé à plat, bien entendu. Mais “c’est comme une équipe de foot qui mène 1-0 qui se prend un autogoal et qui ne sait pas comment réagir”, image Vincent Laborderie, politologue à l’UCLouvain. “Ce qui m’effraie, c’est la marche arrière d’Écolo. Le communautarisme n’est pourtant pas une injure. Tous les pays fonctionnent comme ça sur les questions du vivre ensemble, sauf la France. Écolo, ici, a perdu en crédibilité”, estime Pierre Verjans, politologue à l’ULiège. “Cela peut donner un boost électoral à DéFI et au MR, parce qu’eux n’ont pas de double discours alors que le PS et le cdH, oui”, appuie Vincent Laborderie.

Dans la dernière ligne droite de la campagne, on recense deux autres boulettes de communication qui hachent menu une part de la tambouille électorale. Le clip du MR qui prétend qu’Écolo veut taxer la viande a fait saigner les commentaires. L’information relève de la fake news. Ce serait juste de la caricature, selon l’ex- ministre de l’Agriculture de retour sur la scène politique. Histoire de surfer sur les nerfs à vif d’électeurs en mal d’assurance? Vert, j’espère. Bleu, je veux. Comment faire la balance? Le clip du MR avec Sabine Laruelle en guest star a fait le bad buzz pour elle. Nul ne sait cependant comment le message subliminal passera auprès de l’électeur ce dimanche. Pour le MR, ce n’est peut-être pas une si mauvaise affaire.

Aucun libéral ne devrait tourner le dos à son parti pour cette histoire de steak. Par contre, l’électeur du CD&V… Le ministre de la Justice sortant, Koen Geens, avait orchestré une campagne de communication pile avant que n’éclate l’affaire du viol et de la mort de Julie Van Espen. Diffusée sur Internet, la publicité électorale affichait le slogan “Grâce à Geens, la violence sexuelle est traitée de manière plus stricte”. À la lumière des éléments de l’affaire Van Espen, le CD&V a retiré illico presto sa campagne. Mais les caméras ont continué à se braquer sur une justice étranglée comme jamais au niveau de ses moyens. L’électeur appréciera en Flandre. L’aura de Koen Geens a certainement pâli, en particulier auprès d’un électorat féminin qui ne peut plus supporter le manque de fermeté face aux crimes qui les concernent.

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