Vincent Lambert : « la France n’est pas cohérente face à la fin de vie »

Jaqueline Herremans, présidente de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (A.D.M.D.), livre son éclairage sur la terrible affaire qui touche Vincent Lambert. "Si Vincent Lambert le pouvait, il se serait levé depuis longtemps pour hurler qu'on lui foute la paix. Je suis désolée mais ses parents sont des intégristes", dit-elle d'emblée.

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L’arrêt des soins de Vincent Lambert avait commencé ce lundi 20 mai. La cour d’appel de Paris, saisie par les parents, a ordonné lundi soir le rétablissement des traitements visant à le maintenir en vie. Il s’agit d’une « victoire » pour les parents et de « sadisme pur » pour son neveu. Vincent Lambert est tétraplégique et en état végétatif irréversible depuis un accident de la route en 2008.

Au milieu d’un affrontement familial terrible, durant six années de procédures acharnées, Vincent Lambert est devenu le symbole du débat sur la fin de vie en France. D’un côté, les parents fervents catholiques, un frère et une sœur s’opposent toujours à l’arrêt des soins. De l’autre, son épouse Rachel, son neveu François et cinq frères et sœurs du patient veulent mettre fin à cet « acharnement thérapeutique« . Ses parents ont emmené hier une manifestation devant le CHU de Reims où leur fils est hospitalisé. Environ 200 personnes y ont participé. « Ils sont en train de le tuer. C’est de l’euthanasie déguisée« , a clamé sa mère, Vane Lambert.

Jaqueline Herremans est présidente de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (A.D.M.D.). Nous lui avons demandé de livrer son éclairage sur la terrible affaire qui touche Vincent Lambert.

Jacqueline Herremans, comment expliquez-vous la complexité, la durée et la gravité de l’affaire Vincent Lambert ?

La France n’est ni claire ni cohérente face à la fin de vie. On parle de sédation continue, d’arrêt de l’hydratation parce qu’il n’existe pas les outils législatifs que nous avons en Belgique. Depuis 2002, nous avons la loi permettant l’euthanasie mais aussi un cadre pour les soins palliatifs et un cadre pour les droits du patient. Il est donc possible chez nous de parler de la fin de vie. Par ailleurs, dans un contexte plus large, on est en France en présence d’associations catholiques intégristes qui s’opposent à tout progrès concernant la fin de vie.

Cela n’aurait pas pu se produire chez nous?

En Belgique, face à un cas similaire à celui de Vincent Lambert, la première question que les médecins auraient posée, est de savoir s’il y a une déclaration anticipée d’euthanasie. Mais la France n’a pas dépénalisé l’euthanasie. En Belgique aussi, le médecin doit toujours chercher à être au plus près de la volonté du patient. Pour tout traitement, le patient doit donner son consentement éclairé. Un patient majeur peut ainsi refuser un traitement. Il ne doit pas se justifier. Le patient peut aussi désigner de manière anticipée un mandataire qui appliquera ses volontés.

Que se passe-t-il s’il n’y a pas de déclaration anticipée ?

Alors la loi a prévu une hiérarchie en cascade. En premier lieu, le partenaire cohabitant, marié ou pas. Ensuite, les enfants majeurs. Si ceux-ci n’existent pas ou ne veulent pas, les parents. Enfin, on se retourne vers les frères et sœurs. Cela règle les conflits familiaux. Une famille est rarement homogène dans sa perception des questions de vie et de mort. On le voit avec le cas de Vincent Lambert. Mais l’épouse de Vincent Lambert a fini par être désignée comme tutrice. Oui et cela aurait dû mettre fin aux litiges. Ca n’a pas été le cas. Pour comprendre, il faut voir qui sont les parents de Vincent Lambert. Il a été adopté, enfant, par le second époux. Il a vécu une histoire très dure. Il a été victime, enfant, d’abus sexuels au sein de l’Eglise. Pour cette raison, il avait coupé tout contact avec ses parents. On est dans un contexte extrêmement perturbé. La mère de Vincent Lambert est proche de la fraternité saint Pie X, des traditionalistes très durs.

Vincent Lambert n’est plus là. Il n’a plus de conscience. Il n’a plus que des réflexes face à la lumière ou la douleur.

Vous avez dit en acceptant cette interview qu’il fallait qu’on foute la paix à Vincent Lambert.

C’est au regard de son parcours. Sa femme et des proches ont rapporté qu’avant son accident il avait qu’il ne voudrait pas être maintenu en état végétatif. Mais pour les parents, on ne peut pas prendre de décision concernant sa propre vie parce que seul Dieu le peut. Or Vincent Lambert n’est plus là. Il n’a plus de conscience. Il n’a plus que des réflexes face à la lumière ou la douleur.

On peut se demander ce qu’il y a de plus barbare : le maintenir en vie ou le laisser mourir ?

Chacun ne peut que se projeter dans ce que vit Vincent Lambert. La première réaction est toujours d’avoir l’espoir de faire revenir un jour la communication. Il faut se donner le temps. On l’a fait pour Vincent Lambert. A présent on ne sait pas s’il souffre ou pas. Toujours est-il qu’il n’est plus là parce qu’il n’est plus lui-même.

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