Coach Kompany : les raisons d’y croire (ou pas)

Le Diable Rouge cumulera les fonctions d'entraîneur et de joueur au Sporting d’Anderlecht la saison prochaine. D'autres grands noms s'y sont essayés par le passé. Avec des résultats mitigés...

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Impossible d’être passé à côté de l’info sportive du week-end : Vincent Kompany effectuera son retour à Anderlecht la saison prochaine. Après 11 ans de bons et loyaux services à Manchester City, « Vince the Prince » quitte la Royaume par la grande porte avec un exercice 2018-2019 ponctué de quatre titres nationaux (Premier League, FA Cup, League Cup et Community Shield), du jamais vu outre-Manche ! A contrario, le club bruxellois conclut l’une de ses pires saisons en Jupiler Pro League. Pour la première fois depuis 56 ans (!), ne sera pas qualifié pour la coupe d’Europe l’an prochain.

« Comment ça se passe quand on quitte un grand club stable pour rebondir dans un autre où tout est à refaire ?« , se demandait hier soir Khalilou Fadiga sur le plateau de La Tribune (RTBF). Ces dernières semaines ont été marquées par de vives tensions entre les supporters Mauves et la direction… « En terme de communication et de marketing, c’est un coup de génie de la part de Marc Coucke« , commentait Rodrigo Beenkens. « On reprochait à Anderlecht de ne plus avoir d’esprit ‘club’, Marc Coucke étant un homme d’affaire gantois avec une première expérience de dirigeant à Ostende… Ici, on amène quelqu’un qui à l’ADN du club. Les dirigeants veulent copier le modèle de l’Ajax Amsterdam – auteur d’une campagne sensationnelle en Ligue des Champions, NDLR -, avec Kompany, c’est peut-être un premier pas ». Dans le cœur des supporters, l’annonce a été un peu vécue comme le retour du fils prodigue.

Le Diable Rouge a les épaules assez larges pour gérer la pression. Mais sa stature lui permettra-t-elle d’enfiler sans encombre le fameux costume d’entraîneur-joueur ?

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« Besoin d’innover »

« En tant que joueur-entraîneur, il (Vincent Kompany) déterminera la tactique de l’équipe et ceux qui jouent« , a précisé Michael Verschueren, directeur sportif du RSCA. « Mais quand il est sur le terrain, il fera appel à un entraîneur, qu’il va amener lui et qui fera le coaching. C’est un peu hors de l’ordinaire, mais le Sporting a besoin de s’innover. » 

Le concept – qui peut sembler farfelu voir impossible – ne date pas d’hier. Il fut un temps, il était même monnaie courante, particulièrement en… Angleterre. La légende de Liverpool Kenny Dalglish en fut l’un des précurseurs. En 1985, l’Écossais accepte de devenir entraîneur-joueur à Liverpool, à la suite du drame du Heysel. Dès sa première saison, il offre aux Reds, un doublé Championnat – FA Cup, en inscrivant lui-même le but du titre ! Il restera en charge de l’équipe jusqu’en 1991, après avoir raccroché les crampons quatre ans plus tôt et glané deux autres titres (1988, 1990) et une Coupe nationale.

D’autres sont aussi parvenus à cumuler les deux fonctions avec succès comme l’Italien Gianlucca Vialli avec Chelsea (deux Coupes nationales, une Supercoupe d’Europe, et une Coupe des vainqueurs de Coupe remportée en 1998) ou encore le Français Guy Roux qui, à seulement 22 ans (!), devient entraîneur-joueur d’Auxerre à partir de 1961 et est parvenu à faire monter le club de l’Yonne en troisième division en 1970 avant de se consacrer entièrement au métier de coach… Autres époques, autre sport. Toutes les expériences récentes d’entraîneur-joueur – la plupart dans des « championnats mineurs » ou dans les divisions inférieures – ont été de véritables fiasco.

Marco Materrazzi a par exemple tenu la triple casquette d’entraîneur-joueur-ambassadeur en 2014 à Chennai (Inde). Edgar Davids, lui, n’a pas vraiment rencontré le succès avec Barnet, en D4 anglaise (2012-2014), mais est resté célèbre pour avoir été exclu trois fois en six rencontres, ou s’être offert le numéro de maillot n°1. Genarro Gatuzzo n’a pas fait mieux au FC Sion (Suisse) : il fut limogé en 2013, après n’avoir pris que dix petits points en dix rencontres. La palme revient tout de même à Nicolas Anelka, qui n’aura tenu lui que deux mois au Shangai Shenhua (actuel club de Moussa Dembele, Chine), entre avril et mai 2012. Un passage furtif qui lui a suffi à innover en se titularisant plusieurs fois au poste de milieu défensif (il était attaquant de pointe de formation). Peut-être pour avoir une meilleure vue sur le jeu depuis le milieu de terrain ?

« Dans le sport, il faut de la clarté« 

Pas besoin d’être une encyclopédie du ballon rond pour noter que Vincent Kompany n’est pas de la même trempe que les individualités pré-citées. Humble, dévoué, calme et appliqué, la personnalité du Bruxellois semble matcher un peu mieux avec la fonction d’entraîneur que ses sulfureux prédécesseurs. Surtout, le défenseur a appris des meilleurs. À Manchester City, il a côtoyé des pointures comme Roberto Mancini, Manuel Pelligrini et, bien entendu Pep Guardiola. « J’ai tellement appris ces trois dernières années auprès d’un manager incroyable. Pep Guardiola a ravivé mon amour pour le jeu. J’ai vu, j’ai participé, analysé, absorbé, étudié. Manchester City joue le football que je veux jouer, que je veux enseigner et voir joué (…) Je veux partager mes connaissances avec les prochaines générations mauves », a réagi l’intéressé.

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Le sélectionneur national Roberto Martinez s’est lui aussi montré plutôt positif à la nouvelle dans un communiqué relayé par l’Union belge : « Il a toujours fait preuve des qualités nécessaires pour entrer dans le management et je suis certain que le prochain chapitre sera un succès pour lui. En tant que fédération belge de football, nous soutenons toujours nos joueurs dans leurs nouveaux défis au fur et à mesure que leur carrière évolue. Comme tous les membres des Diables rouges, il sera jugé sur sa forme en vue de présence en équipe nationale et nous sommes impatients de travailler avec lui pour les éliminatoires de juin après cette impressionnante forme en fin de campagne avec Manchester City. La Pro League bénéficiera du retour à la maison d’une personnalité du football belge.« 

Si le retour du Diable Rouge, tant pour Anderlecht que pour la Pro League, est salué de façon unanimes par les observateurs, son double-rôle en rend tout de même plus d’un perplexe. À plusieurs niveaux. « Il faudra effectivement discuter du rôle« , a réagi le consultant de la RTBF et ancien Mauve Thomas Chatelle. « Dans le sport, il faut de la clarté. Trop de personnes qui décident, ce n’est pas bon. Ici, on ajoute encore une personne, et quelle personne ! Elle doit évidemment jouer un rôle central. J’aurais préféré qu’on nous l’annonce uniquement comme joueur et puis éventuellement dans un autre rôle après sa carrière. » Et d’ajouter : « Ça me paraît compliqué d’avoir quelqu’un avec une casquette d’entraîneur en équipe nationale. Il faudra rapidement clarifier les choses.« 

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