Rétrécissement de la E40: « Tout est fait à l’envers, c’est inadmissible ! »

Depuis ce lundi matin, l'autoroute E40 est passée de six à trois bandes. L'objectif : améliorer la qualité de vie et d'air des Bruxellois. Une mesure loin de faire l'unanimité.

©Belga Images

Cela fait déjà un moment que l’idée était dans les cartons du gouvernement bruxellois. Rétrécir le nombre de bandes de l’A12 (Anvers-Bruxelles) et de l’E40 (Liège-Bruxelles) dans le but de réduire les embouteillages dans la capitale et de créer des « boulevards urbains » où la vitesse passerait de 120 km/h à 50 ou 80 km/h. Repoussé plusieurs fois à cause d’autres chantiers en cours (notamment le tunnel Reyers vers Montgomery rouvert vendredi soir), le projet a été acté lundi pour l’E40 et le sera dans le courant des prochains mois pour l’A12.

L’idée est portée par le ministre bruxellois de la Mobilité et des Travaux publics, Pascal Smet (sp.a) qui espère désengorger la ville et, surtout, offrir une meilleure qualité d’air et de vie aux riverains. Pourtant, comme toute mesure politique, elle a déjà son lot de détracteurs. C’est le cas par exemple de Ben Weyts (N-VA), ministre flamand de la Mobilité qui voit d’un très mauvais œil ces retrécississements. Améliorer la vie des Bruxellois, d’accord, mais pas au détriment de la santé des citoyens flamands et wallons. « Si l’objectif de Bruxelles était de faire cadeau à la Flandre de ses files, c’est réussi« , s’est emporté Ben Weyts.

Pas encore de ralentissements observés

Lundi matin, aucune perturbation importante n’était à déplorer sur l’E40. Pourtant, les médias se voulaient alarmistes et prévoyaient une scène chaotique sur nos routes. Du côté de Bruxelles Mobilité, on ne crie pas victoire trop vite. « On a fait face à une heure de pointe normale pour un lundi matin. Nous voyons plusieurs explications : soit les automobilistes ont pris leurs dispositions et ont préféré un autre trajet ou un autre moyen de transport. Soit le rétrécissement n’a pas d’impact énorme sur les tunnels et leur capacité à accueillir des véhicules. Peut-être que l’ouverture du dernier tunnel Reyers vendredi soir influe également« , détaille Camille Thiry, porte-parole. Quoi qu’il en soit, il faudra attendre plusieurs jours, voire semaines, pour constater si oui ou non ces suppressions de bandes impactent la circulation dans la capitale et ses abords.

Du côté de Touring, le tonnerre gronde. Lorenzo Stefani, responsable des relations de presse, ne cache pas son énervement. « C’est inadmissible« , martèle-t-il à de nombreuses reprises. « Évidemment que nous sommes favorables à une ville plus verte, mais là on met la charrue avant les bœufs. Il n’y a même pas eu de phase test, tout est fait à l’envers ! Ils prennent les automobilistes en otage en leur demandant de s’adapter, mais sans leur proposer de vraies alternatives. » Parkings de délestage aux abords de la ville, augmentation des transports en commun et des trains, Touring énumère plusieurs solutions durables qui auraient dû être mises en place avant d’en arriver à un quelconque retrécississement. Inquiet, Lorenzo Stefani compare la circulation à un cours d’eau qu’on obstrue « et on risque l’inondation« . Aussi, il rappelle qu’un tiers des automobilistes ont plus de 60 ans et qu’il n’est pas possible de leur demander du jour au lendemain de tout faire à vélo. « Les humains ne sont pas bêtes, si vous leur offrez des alternatives durables et que vous leur prouvez qu’elles fonctionnent, ils les utiliseront. Encore une fois, nous avons été entendus par le gouvernement bruxellois, mais pas écoutés.« 

À deux semaines des élections, cette décision a une consonance politique. Touring déplore le manque de communication et de coordination. « Il aurait fallu une véritable campagne pour expliquer aux citoyens qui ne vivent pas dans la capitale comment se déplacer au mieux. » Pour le service d’assistance routière, le problème est le même que celui survenu lors de la loi climat : les Régions mettent leurs compétences sous scellés. « Quatre ministre de la Mobilité. Comment c’est possible ? Il faut refédéraliser la mobilité. Cette fragmentation, c’est le réel problème de fond.« 

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