Coupables, pas responsables?

Avant d’interroger le rôle de la société, les meurtres de Julie Van Espen et de Valentin Vermeesch posent la question de la responsabilité individuelle.

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Depuis la découverte des corps sans vie de Valentin Vermeesch (18 ans) et de Julie Van Espen (23 ans), les questions fusent. Ces meurtres sont-ils imputables aux manquements de la justice? Au politique? Et si la faute n’était pas collective mais individuelle? C’est là toute la question de la responsabilité pénale. À laquelle les auditions des tortionnaires présumés de Valentin ont déjà livré des éléments de réponse. Si l’effet de groupe (voir ci-contre) a peut-être envenimé cette soirée infernale, le profil de certains accusés interpelle. À commencer par Alexandre Hart (21 ans), présenté comme le leader du groupe. Il accumule les faits de violence à l’école, blesse son frère au visage avec une tronçonneuse et est hospitalisé durant un mois en pédopsychiatrie. À l’époque, le diagnostic pointe une personnalité à tendance paranoïaque et psychopathe. En décrochage scolaire, consommant alcool et stupéfiants, il est ensuite étiqueté “dangereux”, “pervers”, “paranoïaque”… Certains psychiatres le déclarent même incurable.

Également issu d’un milieu précaire, Dorian Daniels, 22 ans, a terminé ses primaires à 15 ans. Une personnalité décrite comme borderline. C’est-à-dire psychologiquement imprévisible avec, entre autres, des difficultés à gérer la colère et une capacité réduite à prévoir les conséquences de ses actes. Loïck Masson (23 ans), lui aussi, aligne les échecs scolaires dès les primaires. En retard mental, il a, selon l’accusation, des fantasmes de virilité. Et pose, adulte, sur Facebook avec des armes à feu et des billets de banque. Et que dire de Killian Wilmet, 16 ans au moment des faits, dont le père n’a reconnu aucun des cinq enfants qu’il a eus avec sa mère? Son parcours judiciaire fait état de vols, de violence et d’un placement en IPPJ. Avant que le tribunal de la jeunesse ne s’en dessaisisse car aucune mesure éducative n’était selon lui possible. Et un psychiatre de décrire sa personnalité comme antisociale, voire psychopathique.

Le profil de Steve Baekelmans, le meurtrier présumé de Julie Van Espen, est également singulier. Accro aux amphétamines, ce marginal, violé par son grand-père durant son enfance, purge une première peine en 2004 pour le viol d’une quinquagénaire. Avant de récidiver sur son ex-compagne en 2016. Condamné à une nouvelle incarcération, il fait appel mais ne sera pas placé en détention (voir ci-contre)… Si la responsabilité individuelle sera bien entendu débattue durant ces procès, la plupart des accusés affichent donc un lourd passé psychosocial. Des profils – problèmes génétiques (retard mental, schizophrénie latente…) + abandon/maltraitance + consommation de drogues = décompensation psychotique (pétage de plomb) – que l’on retrouve souvent en IPPJ et en psychiatrie. Suffisant pour expliquer l’inexplicable? Reste qu’on ne pourra pas non plus faire l’impasse sur la question de la responsabilité collective. Celle de la justice, mais aussi du politique qui sous-finance le judiciaire.

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