Pour quoi allez-vous voter ?

Nous avons sondés les électeurs pour connaître leurs préoccupations et les enjeux de société qu'ils veulent voir traités dans les programmes politiques.

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Le pouvoir d’achat d’abord

Dans cette grande incertitude, qu’est-ce qui vous convaincra? Peu de Belges sont sans opinion en ce qui concerne les thèmes qui influencent leur vote. Si on ne sait pas à quel politique vouer son vote, on sait en revanche pour quelles raisons on voudrait pouvoir choisir. Les électeurs que nous avons sondés trouvent la plupart des thèmes importants ou très importants. Ils veulent le beurre, l’argent du beurre et le sourire du politique. Ou, pour le dire autrement, les sondés veulent un programme politique qui se préoccupe des multiples enjeux de société.

Il y a cependant des variations. En tête du podium des préoccupations, on trouve le pouvoir d’achat qui est jugé comme important ou essentiel par 78 % des Belges, suivi de près par la protection sociale, l’économie belge et l’emploi. Les enjeux de sécurité ou le fonctionnement de notre démocratie flirtent aussi avec les 70 % d’électeurs sondés qui les jugent comme des sujets importants ou très importants.

Du côté du pouvoir d’achat, les Belges veulent surtout que les taux de TVA et les impôts sur les personnes physiques baissent et que le salaire minimal soit augmenté. Du côté de la protection sociale, ils revendiquent des soins de santé accessibles, le maintien des pensions et, surtout en Flandre, une lutte contre la fraude sociale. Pour ce qui est de l’emploi, on veut réduire le chômage, favoriser l’embauche des jeunes mais pas forcément réduire la durée ou le montant des allocations de chômage, en tout cas pas du côté francophone. En matière d’économie, les personnes interrogées attendent que le prochain gouvernement maintienne la compétitivité des entreprises belges, surtout les hommes et les plus de 55 ans. Elles sont aussi en faveur d’une économie durable.

Chauds pour le climat

Surprise: l’environnement et la migration se classent avec des scores de 66 % et 61 % derrière tous les autres thèmes qui motivent les électeurs. Or on sait que c’est sur la thématique de la migration que le gouvernement Michel est tombé. Et les marches pour le climat ont depuis lors occupé tout l’espace médiatique. Les francophones se montrent toutefois davantage préoccupés par l’environnement que les Flamands. A contrario, les Flamands se préoccupent plus de migration.

Mais quand on interroge  plus précisément sur le climat, on voit que ce thème sous ce terme-là est en réalité déterminant. On se préoccupe de sécurité alimentaire et de pollution. La lutte contre le réchauffement climatique est plébiscitée par huit Belges sur dix. Par contre, près de quatre Belges sur dix ne trouvent pas vraiment la sortie du nucléaire comme importante. Les écotaxes n’ont pas non plus les faveurs de beaucoup d’électeurs: on comprendra pourquoi cet angle d’attaque est régulièrement choisi par les adversaires des Écolos.

On assiste partout en Europe à une montée des enjeux économiques depuis six mois alors que le terrorisme et la question migratoire avait occupé l’espace pendant deux ans et ont disparu”, confirme Jérémy Dodeigne. L’électeur est-il plus individualiste et moins idéaliste en 2019? Difficile à dire. “On peut s’intéresser au pouvoir d’achat en étant solidaire ou en étant égoïste. Par contre, les matières migratoires ne font pas gagner une élection. La qualité de vie, oui”.

Vous voulez des élus honnêtes

Nous avons cherché à savoir s’il existait un candidat idéal aux yeux des électeurs. Et il y a une qualité qui emporte les préférences: le candidat doit être honnête. C’est vrai pour près de sept Belges sur dix. Et les Wallons sont près de huit sur dix à en faire une qualité prioritaire. Les Flamands, eux, sont plus nombreux à se baser sur les résultats obtenus par un candidat même si c’est important pour six Wallons sur dix aussi. Par contre, notre sondage montre que les Belges n’ont pas forcément de préférence pour un sexe ou un âge déterminé. Les hommes s’expriment plus souvent en faveur de candidats masculins et les femmes en faveur de candidates. L’élection du 26 mai enregistrera-t-elle une évolution à ce niveau? Habituellement, en effet, les hommes votent pour des hommes et les femmes votent pour des hommes et des femmes. Le fait de voter pour une femme par principe, afin de faire évoluer la parité, n’est pas jusqu’ici une pratique fréquente.

Quatre Belges sur dix disent que le candidat idéal doit être issu de la société civile. Les francophones sont plus nombreux à  préférer un candidat de la société civile. D’un autre côté, trois Belges sur dix estiment que le candidat idéal doit déjà avoir acquis une expérience en politique. À travers notre sondage, on voit que pas mal d’électeurs pensent avoir des critères plus idéalistes que ce que l’on observe dans les isoloirs où l’on vote encore énormément pour les candidats les plus célèbres. À moins que l’élection de 2019 ne se distingue cette fois de cette habitude électorale qui donne une prime aux politiques bien connus sur la place publique.

Dans la tête de sept électeurs sur dix, il y a aussi l’idée d’un vote utile, c’est-à-dire un vote servant à une coalition déterminée. Ce genre de calcul est surtout affirmé par les électeurs plus âgés. Mais on voit aussi à quoi servent les déclarations d’intention des partis. Pour cette élection, N-VA et Groen ont ainsi déclaré ne pas vouloir gouverner demain ensemble. On se rappelle  aussi que le MR avait décrété qu’il ne pactiserait jamais avec la N-VA lors de la dernière campagne, avant de se rétracter après le scrutin. On voit donc que pour un nombre important d’électeurs, ces éléments peuvent peser sur leur choix électoral.

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