« Quand va-t-on enfin prendre les violences sexuelles au sérieux ? »

Suite au meurtre de Julie Van Espen, une sexologue ouvre le débat et fait le lien entre le cas d'Anne Faber, assassinée dans des circonstances similaires aux Pays-Bas en 2017, qui avait fait trembler le système judiciaire Hollandais.

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« Depuis deux jours, l’image de Julie brûle sur ma rétine. Je ne peux m’empêcher de penser à mes propres filles qui ont l’âge de Julie. » Dans un long message posté sur Facebook, la sexologue flamande Goedele Liekens (Open VLD) revient sur une nécessaire réforme de la Justice, mais évoque également l’urgence de prendre les violences sexuelles au sérieux.

« J’ai lu beaucoup d’articles qui traitent des erreurs qui ont été faites. Ce débat doit bien sûr être mené. Espérons qu’ils prendront comme exemple la projection du système de justice néerlandais après l’assassinat d’Anne Faber en 2017. Anne a également été assassinée par un récidiviste sexuel alors qu’elle était à vélo. Les conclusions pour le système judiciaire néerlandais ont été dévastatrices: erreur d’estimation de la dangerosité de l’individu, attention insuffisante pour la sécurité de la société. »

« En tant que sexologue et psychologue, je voudrais remettre une question au centre du débat : Quand est-ce que notre société va-t-elle prendre en main la pandémie de violence sexuelle et surtout : quand va-t-on utiliser la détection et la prévention rapide? Encore une fois, nous pouvons prendre exemple sur les Pays-bas. Ils s’attaquent aux violences sexuelles à la racine. Ils ont commencé ce travail il y a 20 ans. Si vous n’intervenez pas aux prémisses des dérapages, vous risquez une escalade des faits. On entend encore trop souvent des inepties du genre « les garçons sont des garçons ».

Dans notre pays, tous les jours, les femmes sont violées, battues, menacées, malmenées, humiliées et intimidées.

« Vous ne pouvez pas continuer à tenter de cacher les violences sexuelles sous le tapis. Dans notre pays, tous les jours, les femmes sont violées, battues, menacées, humiliées et intimidées. Chaque jour, huit femmes signalent un viol. Dans seulement 4 % (!) des cas, la déclaration conduit à une condamnation. » En effet, 26 viols pour 100.000 habitants sont signalés chaque année en Belgique, selon les chiffres de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime. La Belgique se classe sixième d’une liste de cinquante pays. Le Lesotho occupe la première place de ce triste classement, devant Trinidad et Tobago et la Suède.

Elle développe « Nous sommes l’un des seuls pays européens à ne pas avoir de loi criminalisant les violences domestiques. Cependant, 40 000 plaintes pour violences domestiques sont déposées à la police dans notre pays. (…) 40 000 plaintes qui n’ont conduit qu’à 40 placements des femmes dans des foyers et à une ordonnance de restriction pour l’auteur de l’acte. Lutter contre la violence domestique n’est apparemment qu’un problème de quelques zéros après la virgule. »

« Et tant qu’on y est, est-ce qu’on peut aussi arrêter de blâmer les femmes quand elles sont victimes d’un viol ? J’ai enragé quand j’ai lu que Julie était au mauvais endroit au mauvais moment. S’il y avait une personne qui n’aurait pas dû se trouver là, c’était le tueur. Il aurait dû être dans une cellule, depuis de nombreuses années, puisqu’il avait déjà été condamné deux fois pour viol. »

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