Pourquoi le Giro vaut plus le détour que le Tour de France

Le Tour d’Italie commence le 11 mai dans les rues de Bologne. Ces dernières années, le Giro s’est révélé comme étant le Grand Tour le plus excitant du calendrier cycliste, loin devant le Tour de France.

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L’an passé, le Giro a été un tout grand cru. Malgré un départ en Israël peu exaltant, les jours de course qui ont suivi ont tôt fait de rétablir sa splendeur au Tour d’Italie. Entre des étapes de plaine disputées, celles avec un profil accidenté aux finales haletantes et de la haute montagne hyper sélective, Giro n’aura jamais autant rimé avec show.

Froomontada

D’ailleurs, on a beau parler de l’édition de la Ligue des Champions de cette année comme celle des remontadas, la plus belle remontée de ces dernières années est bien à mettre à l’actif de Chris Froome. Qu’on l’aime ou pas, il a réussi la gageure de refaire un retard de trois minutes au général, et de mater Tom Dumoulin, lequel n’aura pu qu’effleurer le rêve de rééditer sa victoire finale de 2017, ainsi que Simon Yates, monstrueux mais en surrégime pendant deux semaines. Et si même Sky – entre-temps devenu Ineos – qu’on voue aux gémonies pour aseptiser le Tour de France, se met à faire feu de tout bois, c’est que le Giro comprend davantage de paramètres de nature à dynamiter la course.

Au niveau de la réalisation, le Tour de France a une longueur d’avance sur celui d’Italie. ASO, l’organisateur du Tour, met un point d’honneur à faire de sa course une véritable carte postale de l’Hexagone et à tirer le meilleur parti du paysage. Mais cette attitude a un effet pervers : plutôt que de privilégier l’animation de la course, le Tour préfère les tracés à haute valeur télévisuelle. Les lacets de Montvernier par exemple, consistent en un magnifique louvoiement asphalté taillé dans la roche des Alpes. Mais, tant que cette montée n’est pas utilisée à bon escient, tant qu’elle continuera à figurer anecdotiquement comme une énième difficulté à franchir, elle est condamnée à n’avoir aucun intérêt sportif.

L’anachronisme du chrono

L’organisation du Giro, elle, tombent rarement dans l’écueil du sensationnalisme visuel bien que, l’an dernier, elle a connu quelques couacs avec le départ à Jérusalem et la dernière étape dans les rues de Rome. On a bien retenu la leçon avec un parcours qui contraste avec la tendance actuelle.

Près de 60km de contre-la-montre, cela relève presque de l’anachronisme à une époque où l’effort individuel en est réduit à une peau de chagrin du côté du Tour d’Espagne et du Tour de France. Les Italiens ont bien compris qu’avantager les spécialistes du chrono modifie le comportement des grimpeurs poids plume, contraints de sortir de leur coquille et d’attaquer dès que la pente s’élève. A contrario, trop peu d’écart entre les favoris contribue effectivement au suspense, mais induit des courses d’attente où les favoris ne s’attaquent qu’en fin de course pour grapiller quelques maigres secondes.

Tour et manège

Le Tour est également, à l’insu de son plein gré, victime de son succès. Malheureusement, les enjeux autour de la course la plus importante de l’année la paralysent, et on assiste bien souvent à l’emprise d’une équipe – ces dernières années Sky – sur l’entièreté de la course. Le même manège se poursuit inlassablement : les coureurs se suivent l’un après l’autre selon un certain ordre d’importance au sein de l’équipe, et le dernier est censé parachever le travail. De fait, peu excitant.

Le Giro présente l’avantage d’être le premier des trois Grands Tours dans le calendrier. Si un coureur manque le coche, il lui reste quelques mois pour garnir son palmarès. Beaucoup d’entre eux nourrissent des ambitions à la fois pour le Giro et la Vuelta car quatre mois les séparent. C’est par contre plus compliqué de combiner Tour de France et Giro car cela offre une préparation de seulement de cinq semaines, à laquelle il faut encore déduire une phase de récupération nécessaire. Chose inhabituelle, beaucoup s’y essaieront cette année, dont Roglic, Dumoulin, Landa et Nibali. Mais s’ils viennent sur le Giro avec l’ambition de le remporter, il se peut qu’ils n’abordent le Tour qu’en tant qu’équipiers de luxe. Et que des cadors de leur envergure priorisent le Giro traduit le statut grandissant du Tour d’Italie par rapport au Tour de France.

Pour sa 102me édition, le Giro se bornera cette année à la moitié nord de l’Italie. De quoi admirer entre autres les superbes panoramas des Dolomites, la côte Adriatique et des villes comme Bologne, Vérone ou Trévise, soit autant d’endroits qui donnent envie de s’évader en ces périodes de dur labeur. Giro où tu iras.

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