La réforme de la Champions League tuera les championnats nationaux

La Ligue des Champions vous a fait rêver cette année ? Profitez car l'UEFA prévoit de fermer ses frontières, laissant les gros se manger entre eux et les petits ramasser les miettes.

©Belga

Ce mercredi, quelques heures après la folie d’Anfield et juste avant celle d’Amsterdam, l’UEFA présentait son projet de réforme de la Ligue des Champions. Une réforme prévue pour 2024 qui fait déjà largement débat. Principalement parce qu’il est d’ores et déjà acté qu’elle fera la part belle aux mastodontes européens. Si ce projet est dans les cartons depuis plusieurs années, sa présentation tombe clairement au mauvais moment. Alors que depuis quelques années, la Ligue des Champions végétait dans un cynique élitisme et ne nous offrait plus de réels frissons, on accueillait le vent frais de cette saison avec une larme à l’œil. Mais l’UEFA a tout cassé. Concrètement, l’association propose quatre groupes de huit équipes. Une première modification qui fera passer le nombre de matchs en Champions League de 96 à… 224. Une aberration alors que la plupart des clubs et des ligues se plaignent déjà de calendriers surchargés.

Autre pierre d’achoppement, l’attribution des places. Les six premiers de chaque poule seraient assurés de participer à l’édition de l’année suivante, rejoints par les quatre demi-finalistes de l’Europa League. Il restera donc quatre places à attribuer, réparties entre les représentants des nations du sub-top : Portugal, Russie, Pays-Bas, Suisse, Belgique, Turquie… Des pays de foot qui se battront donc pour les miettes. On n’a pas encore beaucoup d’infos sur les différentes phases à élimination directe mais le système aux allures de promotions/relégations suffit pour faire craindre un espace VIP auquel nos clubs belges, mais également l’Ajax, le PSV ou Porto ne pourront que très difficilement prétendre. Les présidents de clubs français rappellent que si l’on transposait ce nouveau système à l’actuelle saison, Lille, deuxième, n’irait pas en Champions League, au contraire de Monaco, juste au-dessus de la zone rouge mais surfant sur ces dernières bonnes saisons.

Ligues dévaluées

Le bénéfice de tout cela ? Financier, évidemment. Et encore, pas pour tout le monde. Si l’UEFA a accepté de rogner sur les matchs européens le week-end, sa nouvelle compétition dévaluera grandement l’attrait des compétitions nationales. La Ligue 1 française s’est notamment déjà rebellée. Dans l’Hexagone, seul le PSG voit le projet d’un bon œil… Les autres clubs refusent de devoir affronter l’équipe B de Parisiens concentrés sur leurs 14 matchs européens. Et qui dit dévaluation dit diminution des droits TV. Le combat est donc également mené par la Premier League et la Liga, pourtant assurées de placer au moins quatre représentants dans cette nouvelle Ligue des Champions.

Soyons clairs, sur le plan sportif, cette réforme serait un véritable scandale et la Ligue des Champions devrait changer de nom tant le nombre de vrais champions sera dérisoire. La LdC ressemble déjà suffisamment à un yacht prêt à accueillir une poignée de privilégiés et si cette formidable année avait pu nous le faire momentanément oublier, l’UEFA s’est chargée de nous le rappeler. On ne comprend pas comment ses responsables peuvent imaginer une réforme allant à ce point à contre-courant de l’essence même du sport le plus populaire du monde.

La certitude du sport

Pleine de défauts, la Champions League a prouvé ces derniers mois qu’elle avait encore quelques atouts à faire valoir. Une édition faite d’exploits et de miracles qui a connu cette semaine son apogée. Depuis les huitièmes, les amoureux du foot n’ont cessé de tachycarder, jusqu’à être totalement certains, à dix minutes de la fin d’Ajax-Tottenham, que le score n’allait pas rester 2-2.

Rarement, voire jamais, dans l’histoire du foot le ballon a tourné aussi peu rond, pour le plus grand plaisir des fans. Même les supporters ajacides atterrés par la cruauté du dénouement final se souviendront toute leur vie de ces quelques semaines de démence. Un timing en faveur des détracteurs de la réforme, qui doivent y voir une chance de faire entendre leur voix. Avec ce nouveau système, on imagine mal un club comme l’Ajax survivre à une saison européenne aussi éprouvante et dont les probabilités d’exploits se dilueront dans le nombre énorme de rencontres. Avec sa réforme, c’est toute la glorieuse incertitude du sport que veut piétiner l’UEFA, chaussée des crampons des plus gros clubs du continent.

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