Barcelone a inventé la remontada, Liverpool l’a sublimée

Une équipe de morts de faim, un coach sous ecstasy, des supporters prêts à mourir pour leurs joueurs... Liverpool est un club à part, taillé pour ce genre d’exploit.

©Belga

Peu de choses semblaient encore immuables. Le bleu du ciel, la chaleur du feu et l’assurance pour une équipe qui gagne 3-0 à l’aller de passer au tour suivant. Parfois, de rares fois, certaines exceptions confirmaient cette dernière règle. Mais aujourd’hui, le fan de foot vit dans l’expectative. Son monde est dépourvu de certitude et chaque match vaut la peine d’être joué et surtout vu. Depuis hier, ils sont des millions à s’être promis de ne plus jamais accepter une soirée un mardi ou un mercredi de match retour de Champions League. Ou alors dans un pub.

Dieu qu’on aime cette mode de la remontada. Mais s’il était déjà beau, le concept n’était pas pleinement accompli tant que l’équipe qui le représente le mieux n’avait pas eu l’occasion de se mettre en valeur. Il y aura un avant et un après Liverpool-Barcelone. Car ce match est différent. Barca-PSG ? Une folie permise par la panique dégagée par l’ensemble du foot français qui n’osait pas y croire. Roma-Barca ? Un signe d’arrogance des Catalans. Juve-Atletico ? Un juste retour des choses. Real-Ajax ? De moins en moins étonnant avec le recul. PSG-United ? Un vol caractérisé.

Malgré un contexte favorable aux exploits, tout indiquait que le miracle n’aurait pas lieu ce mardi. Le Barca est d’abord plus solide que beau cette saison. Efficace dans les deux rectangles, il était impossible de le voir ramasser quatre buts, encore plus sans qu’il en tape un à Alisson. Et il peut compter sur un Messi stratosphérique depuis le début de saison, qui avait avalé la défense de Liverpool à l’aller. Ce sont, en plus, les Blaugrana qui ont inventé l’idée et ils en ont déjà été victimes l’an dernier à Rome (4-1, 0-3). Personne, ou presque, ne voyait la meilleure équipe du monde se faire à nouveau remonter par un Liverpool en outre privé de deux maillons essentiels de sa chaine offensive (Salah et Firmino).

Essayer, et espérer

Mais ce mardi soir, l’outsider arborait un Liver bird dans son blason et le match se jouait à Anfield. Le temple de l’impossible. Un stade qui avait déjà vécu une soirée folle le 14 avril 2016 quand menés 1-3 par le Borussia Dortmund à vingt minutes de la fin, les Reds avaient retourné les Allemands pour se qualifier et finalement atteindre la finale d’Europa League. Personne n’a oublié non plus cette finale à Istanbul en 2005 face à un Milan AC passé du paradis à l’enfer en quinze minutes (3-0 puis 3-3, victoire des Reds aux pénaltys).

Du plus jeune, parti dormir à la mi-temps, au plus ancien des supporters, en passant par le jardinier du club ou par Jurgen Klopp lui-même, chaque Scouse se permettait de rêver hier. L’hypnotisant You’ll never walk alone d’avant match, qui a lourdement recouvert l’hymne de la LdC, laissait déjà présager une soirée inoubliable. La Redsmontada était donc possible par nature, parce que c’était Liverpool. Aucun club n’essaie mieux, quitte à périr avec les honneurs.

C’est paradoxalement son adversaire du soir qui a introduit, il y a deux ans, une nouvelle donnée dans ces doubles rencontres au dénouement inattendu. Si aujourd’hui, l’équipe balayée à l’aller se permet d’y croire vaille que vaille, se jetant à corps perdu dans une cause qui l’est tout autant, le favori sent également plus qu’avant le souffle chaud de la catastrophe lui brûler la nuque. Et personne n’est à l’abri, pas même les joueurs du grand Barcelone, chancelant sur leurs jambes à la vue de Reds dont la rage sortait par les yeux. Des yeux embués par l’émotion au coup de sifflet final.

Un héros nommé Divock

Et là-dedans, dans cette pièce trop belle pour être oubliée, l’acteur majeur est Belge. Et aussi anonyme qu’attachant. Divock Origi, cette ancienne promesse reléguée trop vite au statut de joueur de trop. Il y a quelque chose d’admirable dans sa candeur à fêter l’un des buts les plus mythiques de ces dernières années dans les bras de son passeur, un sourire enfantin sur le visage. « On s’est battu pour les blessés » dira-t-il à l’interview, refusant de tirer la couverture sur lui, alors qu’après deux saisons d’oubli, il pouvait raisonnablement se mettre ne serait-ce qu’un tout petit peu en avant. Héros d’un soir en mondovision, il rappelle aussi qu’il a sauvé son équipe à plusieurs reprises en championnat cette saison, pas plus tard que ce week-end à Newcastle, et que c’est en partie grâce à lui que Manchester City n’est pas encore champion.

Parce que la réalité est qu’il est possible que l’équipe de Jurgen Klopp se retrouve les poches vides à la fin de saison. Le titre s’est presque échappé quand Vincent Kompany a fracassé la lucarne de Leicester ce week-end et Liverpool n’a que rarement brillé en finale ces dernières années (défaites 3-1 en Europa League en 2016 et 4-1 l’an dernier en CL contre le Real). Mais une équipe a rarement fait autant vibrer ses supporters que les Reds cette saison. Il leurs reste deux matchs, deux finales. Un conseil : regardez-les.

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