Un million d’espèces menacées d’extinction: et maintenant, on fait quoi ?

"La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l'histoire humaine et le taux d'extinction des espèces s’accélère."

©Belga Image

Lundi, les experts de l’ONU publiaient un rapport de 1.800 pages – l’évaluation la plus complète depuis 15 ans – sur le déclin massif de la biodiversité dans le monde. Les constats sont alarmants bien que peu étonnants. Au total, un million d’espèces sont menacées de disparition dans les prochaines décennies à cause des dégâts causés par l’Homme. « La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier« , détaillent les spécialistes à l’origine du texte. Dans la foulée, plus de 700 scientifiques – dont 82 Belges – publiaient une lettre ouverte adressée aux dirigeants politiques pour « demander de prendre au sérieux l’effondrement de la biodiversité dans le monde« .

Ce n’est pas la première fois que des documents du genre sont publiés et massivement médiatisés. Au cours des derniers mois, ils se sont même considérablement multipliés et rares sont les jours qui passent sans qu’un article rappelant que la Terre se porte mal ne soit publié. Pourtant rien ne change. Ou si peu. Comment faire pour que ce rapport ne soit pas juste un de plus ajouté à la pile de ceux qui trônent déjà sur les bureaux de nos dirigeants ? « Si autant de scientifiques se sont réunis pour prendre la parole ensemble, c’est que l’heure est vraiment grave« , lance An Lambrechts, responsable du département écosystème chez Greenpeace Belgique.

Du côté de l’ONG de protection de l’environnement, on mise beaucoup sur l’espoir que ce rapport soit celui qui change la donne et fasse réellement bouger les choses. « On espère que les preuves apportées par les scientifiques dans ce rapport vont convaincre nos gouvernements qu’il est important d’agir rapidement et d’avoir la volonté politique de le faire« , détaille An Lambrechts. Convaincue qu’il n’est pas trop tard, la spécialiste se montre malgré tout très inquiète et appuie sur l’urgence dans laquelle nous nous trouvons.

Un million d’espèces en danger

Le chiffre semble énorme si pas invraisemblable. Si les différents niveaux de pouvoirs – tant nationaux qu’internationaux – ne s’accordent pas rapidement, la nature telle que nous la connaissons risque de disparaître et les effets seront ressentis concrètement jusque dans nos assiettes. « Si on prend l’exemple des abeilles, leur disparition aura certainement un impact sur notre nourriture car l’entièreté de notre système alimentaire risque de se désintégrer. » En moins de dix ans, 30 à 40% des colonies d’abeilles ont été décimées en Europe. Or, elles contribuent à la reproduction de 80% des espèces de plantes à fleurs et représentent un élément important au maintient de l’équilibre des écosystèmes et de notre agriculture.

En Belgique, certaines espèces sont également menacées d’extinction. Chaque année, elles sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses à s’ajouter à la macabre liste. On parle surtout d’une diminution de l’abondance. Principalement du côté des insectes, mais aussi de certaines espèces d’oiseaux. « La Belgique est un petit pays ce qui fait qu’il n’y a pas d’espèces qui existent uniquement chez nous et qui risquent de disparaître définitivement sauf peut-être quelques plantes« , explicite Jean-Yves Paquet, directeur du département d’études des espèces en danger en Wallonie pour l’association Natagora. « Par contre, on constate que certaines espèces sont en forte diminution surtout au niveau agricole. On dénombre environ 60% d’individus en moins sur les trente dernières années. Par exemple, il existe encore beaucoup d’alouettes des champs, mais deux fois moins qu’avant« , illustre le spécialiste.

L’heure est à l’action

An Lambrechts le martèle : il n’est pas trop tard. Protéger nos écosystèmes, changer nos régimes alimentaires, privilégier l’agriculture écologique à l’industrielle, revoir complètement notre modèle socio-économique, etc. Les solutions sont loin d’être neuves et sont d’ailleurs répétées depuis bien longtemps. De Greta Thunberg aux étudiants présents aux manifestations pour le climat jusqu’aux nombreuses organisations implantées depuis plus longtemps. « Et il n’y a pas qu’au niveau politique que des actions concrètes peuvent être faites. Le citoyen peut aussi modifier certains de ses comportements et de ses habitudes« , rappelle Jean-Yves Paquet.

Certaines avancées sont tout de même à épingler. « Une des plus grandes préoccupations qui ressort de ce rapport de l’ONU, c’est la dégradation de nos océans. Seul 1% d’entre eux sont protégés pour l’instant. Pour bien faire, il faudrait qu’on passe à 30% d’ici une dizaine d’années. Les Nations Unies travaillent sur un instrument qui devrait aider à y parvenir. Il est important qu’un nouveau traité soit créé » détaille An Lambrechts. Jean-Yves Paquet rappelle, lui, le succès des directives européennes relatives à la nature qui obligent les États membres à protéger certaines espèces. « Un réel exemple pour le monde ! »

Sur le même sujet
Plus d'actualité