Julie Van Espen « La Justice est responsable de la mort de cette fille »

Un drame pour changer les choses? En attendant, la mort de Julie Van Espen rend compte des conséquences des coupes dans le budget de la Justice.

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« Je considère la Justice et les psychiatres comme responsables de la mort de cette fille. » Les mots, sortis de la bouche du père de Steve B., suspect du meurtre de Julie Van Espen, sont voués à briser la confiance des Belges envers leur système judiciaire. Et il ne s’agit pas d’occulter la responsabilité de son fils, qu’il reconnaît être un psychopathe dans une interview accordée au Nieuwsblad. « J’ai rompu avec Steve il y a plusieurs années. Aujourd’hui, j’apprends qu’il aurait tué cette fille. C’est terrible pour la famille, pour ses amis. Mais je ne peux pas dire que les nouvelles me surprennent. Steve a été reconnu coupable cinq fois, dont deux fois pour des viols. Je savais qu’un jour mon fils tuerait quelqu’un. J’avais prévenu tout le monde, du procureur au psychiatre. Mais ils l’ont laissé en liberté…« 
 
Il y a presqu’un an, Benjamin Hermand tuait deux policières et un passant dans les rues de Liège. Samedi soir, la jeune Julie Van Espen est assassinée alors qu’elle se rend chez des amis. Deux cas extrêmement distincts aux motivations différentes, mais dont les auteurs partagent le fait d’être connus de la Justice. L’un était en congé pénitentiaire, l’autre en attente de jugement. Dans les deux affaires, aucune faute formelle n’a été commise. Mais comment expliquer à la population qu’elle doit aujourd’hui craindre de croiser dans la rue des individus dont le risque qu’ils représentent pour la société est reconnu ? En l’espace de onze mois, Koen Geens, ministre de la Justice, doit répondre de deux dramatiques ratés de ses services et des décisions du gouvernement de rogner dans les budgets.

0,5% du PIB…

Le manque de moyens dans la Justice n’a rien de nouveau. En juin 2016, les magistrats déploraient les restrictions budgétaires devant le palais de Justice de Bruxelles. Ils mettaient en garde face à ces situations qui cognent aujourd’hui comme un coup de poing dans le visage de notre système judiciaire dont le budget ne dépasse plus les 0,5% du PIB, soit l’un des taux les plus bas du continent. A titre de comparaison, la moyenne européenne s’élève à 2,3%, et nos voisins vont jusqu’à atteindre les 4%. 

En découlent les interpellantes mises en liberté d’individus dangereux surtout permises par l’extrême lenteur des procédures d’appels. En quelques années, le délai entre le jugement en première instance et celui de l’appel a explosé. S’il n’excédait auparavant pas un an, les économies imposées à des magistrats surchargés les contraignent à laisser trainer les dossiers en appel sur les étagères en même temps que les criminels dans la rue.
 
Reste à voir si la mort de Julie Van Espen finira par éveiller les consciences. Car si Benjamin Hermand, l’auteur de l’attaque de Liège, ne présentait pas de signes ostentatoires de passage à l’acte, le cas de Steve B. est particulièrement criant. Après un premier passage derrière les barreaux entre 2004 et 2008 pour viol, Steve B. avait à nouveau été condamné à quatre ans de prison en juin 2017. Mais la procédure d’appel fut postposée plusieurs fois, le laissant libre de ses mouvements. Le Parquet requérait sa détention, mais un juge en a décidé autrement. S’il y a donc eu mauvais jugement, c’est du danger que Steve B., violeur récidiviste, représentait à court terme. Avec les conséquences dramatiques que l’on sait. 

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