L’E-racing, quand le cyclisme d’immersion prend place chez soi

L’e-racing se fait lentement mais sûrement une place dans le marché vélocipédique. En phase avec les évolutions technologiques actuelles, cette variante du cyclisme traditionnel, se démarque de l’e-sport par son approche... sportive.

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Si vous tapez “e-racing” dans Google, vous risquez fort de tomber directement sur des jeux de sport automobile immersifs. Forcément, la perspective d’incarner un pilote de Formule 1 ou de rallye est alléchante pour les amateurs de sensations fortes. Même ceux qui préfèrent rester dans leur canapé.

Son pendant cycliste propose, lui, une expérience autrement plus éprouvante. “Tout ce dont on a besoin pour commencer, c’est d’un capteur de puissance connecté à un ordinateur. En fonction de la puissance que l’on produit, l’avatar que l’on contrôle va alors progresser plus ou moins vite”, explique Lionel Vujasin, champion de Belgique d’e-racing. Un même principe d’immersion vidéoludique, à ceci près que, pour mettre en action son avatar, l’effort physique est nécessaire.

Des progrès à faire, mais l’essentiel est là

L’avatar évolue dans un monde virtuel où se croisent les utilisateurs qui circulent sur les mêmes segments. Certes, la qualité du graphisme est discutable, mais là n’est pas l’essentiel. L’expérience de course, qui se veut au plus proche des conditions réelles, est centrale dans l’approche de Zwift, la plate-forme d’e-racing ultradominante sur un marché encore à ses balbutiements. Hormis pour ce qui est de la gestion du freinage et des trajectoires, encore trop compliquées à implémenter sur des vélos fixes, la dynamique des courses online se calque sur celles du cyclisme traditionnel. Gestion de l’aérodynamisme, importance de son propre poids dans les montées, tactique d’équipe… Les ingrédients principaux sont réunis.

Les mauvaises langues – ou les plus observateurs, c’est selon – diront que, s’il s’agit de singer le cyclisme outdoor traditionnel, l’intérêt de l’e-racing est nul. Mais Zwift peut tout de même se prévaloir d’atouts qui font d’elle une plate-forme en phase à la fois avec le cyclisme moderne et les jeux vidéo de type multijoueurs. Car, si chaque coureur peut librement choisir de rouler seul, l’une des caractéristiques de Zwift est sa communauté pléthorique : un million de coureurs, aguerris comme occasionnels, sont inscrits sur la plate-forme.

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Alpe du Zwift

Zwift met donc aux prises amateurs et coureurs professionnels. Les uns pourront se targuer de défier leurs idôles voire, c’est possible, de converser avec elles, tandis que les autres pourront trouver un terrain d’entraînement à leur mesure, par exemple sur les pentes de l’Alpe du Zwift, réplique presque à l’identique de l’Alpe d’Huez. “On peut rouler les yeux fermés, sans aucun risque. Ça permet un surplus de puissance par rapport au cyclisme outdoor, pour lequel on doit généralement prendre plus de précaution” avance Vujasin.

Le coureur dispose en temps réel de ses données de performance : watts, vitesse, pulsations… Au lieu de s’en tenir à la maintenance et la conception de circuits, Zwift propose également des entraînements dispensés par un algorithme chargé de tenir compte de ses données. Avec cet amas de statistiques, nombreux sont d’ailleurs les cyclistes à vouloir décrocher les records sur tel ou tel segment. Cette émulation contribue largement à l’engouement autour du jeu.

Zwift l’a bien compris et a commencé à organiser des compétitions retransmises en live, où figurent notamment des équipes professionnelles de cyclisme sur route comme Cofidis ou Israël Cycling Academy. Lionel Vujasin est un bon exemple du secteur en devenir que constitue l’e-racing. Ex-vététiste et cyclo-crossman de bon niveau, il est récemment passé professionnel dans l’équipe d’e-racing Canyon ZCC après avoir fait ses preuves dans une compétition organisée entre les meilleurs éléments de Zwift.

Météo + autos = indoor

Le dispositif d’e-racing comprend de réelles possibilités, vante Vujasin : “Quand je rentre du boulot, je n’ai pas forcément envie de refaire les mêmes intervalles, sur les mêmes routes d’entrainement. Zwift permet de varier les parcours tout en roulant sur des courses à haute intensité.” C’est aux États-Unis et au Royaume-Uni que la société californienne s’est pour l’instant le mieux implantée. Là-bas, certains coureurs ne font plus que rouler en indoor, privilégiant le confort de leur chez-soi. La pratique du vélo en extérieur est, par beaucoup, considérée comme rédhibitoire, à cause des caprices de la météo, ou comme trop risquée, à cause de la coexistence avec les automobilistes.

Certains groupes de cyclistes, qui roulaient autrefois ensemble IRL (dans la vraie vie), se retrouvent désormais sur Zwift, souvent décrit comme étant un MMO (jeu en ligne massivement multijoueur). A première vue, tous les codes de l’e-sport semblent réunis. “Pas selon moi. Tout au plus, on pourrait en dire qu’il s’agit d’un physical e-sport. Il faut simplement considérer l’e-racing comme une discipline sportive à part entière, à côté du cyclisme sur route, du VTT ou du cyclo-cross » argue Vujasin.

D’autres plates-formes que Zwift existent, mais ne se situent pas exactement sur le même créneau. Peloton est axé sur le spinning, avec des sessions d’entrainement préenregistrées, là où CVRcade, encore en version bêta, vise les modes de jeu plus ludiques. Mais, avec des fonds estimés à 120 millions et un abonnement à 15 dollars mensuels, Zwift fait figure de mastodonte. Son CEO, Eric Min, a même ouvertement émis le souhait de faire de l’e-racing une discipline olympique d’ici 2024. Si ce souhait échoue, on verra si le big boss de l’e-racing est e-rascible.

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