Concours Reine Elisabeth: le mois du classique

Le Reine Élisabeth revient, avec son mix de performances olympiques et de Loft Story. Ce samedi, ils ne seront déjà plus que douze violonistes. Retour sur un rituel en apparence immuable.

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Depuis 69 ans – plus deux pour les éditions de 1937 et 1938 du concours, alors nommé Eugène Ysaÿe – les étapes du Reine Élisabeth sont connues de tous. Pourtant, des micro-révolutions secouent le métronome. Après 23 années de loyaux services, Arie Van Lysebeth lâche les commandes du jury. Un duo reprend le flambeau. Pour les éditions instrumentistes, Gilles Ledure, directeur général et artistique de Flagey, assure. Bernard Foccroulle gèrera le chant en 2022. Autre nouveauté: le compositeur de l’imposé final est déjà connu. Ce sera le Finlandais Kimo Hakola. L’info permet aux candidats de se familiariser avec son style. Un sacré coup de pouce, surtout que l’artiste a déjà créé un concerto pour violon.

La tradition (l’honneur, la discipline) demeure fidèle aux valeurs fondatrices. Le Reine Élisabeth devait rendre la grande musique accessible. Dès 1937, le concours est retransmis en radio, ce qui équivalait alors au prime de La Une. Les candidats sont toujours logés dans des familles d’accueil pour favoriser les échanges. L’autre objectif était de mixer les airs du jour au répertoire. D’où l’imposé contemporain, qui reste indéboulonnable, tout comme la présence des compositeurs belges, attestée par le choix de Bram Van Camp, Anversois de 39 ans, dont on entendra 24 fois le Scherzo-Bagatelle dans le récital des demi-finales. Un juré ne peut noter un candidat issu de sa famille ou un de ses élèves. Une volonté d’Ysaÿe, écœuré par les concours de son temps, qui se résumaient à des guerres de clans et de profs. Les juges ne peuvent commenter ensemble les prestations. Il n’y a pas de délibération. Chacun sa note. Le premier lauréat remporte 25.000 euros et le prêt du Stradivarius Higgins (daté de 1708), durant quatre ans. Mais cet événement prestigieux joue aussi l’École des Fans: ce 25 mai, tous les finalistes auront gagné. Gagné des contacts, de la visibilité, de la réputation, indispensables pour se lancer à moins de 30 ans (limite d’âge imposée). D’ailleurs, les plus belles carrières n’ont pas systématiquement remporté la palme. Parmi le jury de cette année, on compte nombre de violonistes prix “de consolation” d’antan, tels Lorenzo Gatto, Mihaela Martin, Natalia Prishepenko ou Martin Beaver.

Mais le Reine Élisabeth, ce sont aussi ces petits bonheurs dans la salle. La quinte de toux générale lorsque Stéphanie Coerten, maîtresse de cérémonie, incite à dompter tout chat dans la gorge. Le moment Delacre, le cou tordu vers les loges pour apercevoir Mathilde et l’angélique Élisabeth ou ce diable de Laurent assoupi, boules Quies fluo bien enfoncées (instant de grâce 2017). Les demi-finales sont en direct sur Auvio et Musiq3 l’après-midi et le soir. À voir en direct et en rattrapage sur La Trois, dès 19 h 53. On salue les commentaires de Camille De Rijck, de ses violonistes et musicologues, érudits, objectifs et passionnés.

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