École communale n°1 à Schaerbeek: la pédophilie au temps des complots

Le caillassage d’une école bruxelloise par des parents révèlent des failles de notre société. Ses possibles faillites. Et ceux qui en profitent…

thumbnail_img_4259

« La folie, ça vous pouvez le dire. » L’homme en uniforme n’en dira pas plus. Mais la présence jour et nuit de véhicules de la police communale devant l’entrée de l’École communale n°1, rue Josaphat, pourtant fermée, en dit long sur l’hystérie qui s’y est exprimée deux jours auparavant. Quelques signes également. Les cartons qui bouchent certaines fenêtres brisées. La saleté du trottoir. Des coquilles et des traînées d’œuf sur les portes. Et cette affiche justifiant la fermeture de l’établissement : « En raison des émeutes de ce mardi… » De fait, les vidéos disponibles révélant les faits sont sans équivoque. Les images de pierres, d’œufs, d’objets divers lancés sur la façade de l’école et les forces de l’ordre la protégeant par une foule interpellent. D’abord parce qu’elles montrent des adultes se livrer à des dégradations devant des enfants. Parfois très jeunes. On voit, en effet, très clairement, quatre ou cinq poussettes et des femmes portant leur progéniture dans leurs bras. Ensuite parce que la cible attaquée symbolise ce qui devrait être un sanctuaire. Une école primaire. Et puis, il y a l’évidente réalité communautaire. Ce public en colère est, dans son apparente totalité, issu de l’immigration. En ces temps de « repli », on est d’ores et déjà certains que ces violences constitueront de « nouvelles preuves » de l’incapacité d’une communauté à « s’intégrer ». Quelles que soient les raisons des violences commises…

Un communautarisme peut en cacher un autre

Or voilà, la réalité n’est pas simple. De moins en moins, d’ailleurs, dans notre époque polluée de fake news et où la moindre information est suspectée d’être le fruit d’un complot. Les parents d’une petite fille de quatre ans constatent jeudi dernier que la culotte de celle-ci est tâchée de sang. Cette découverte déclenche un émoi bien compréhensible. La famille est constituée de primo-arrivants originaires de Guinée et qui parlent le peuhl du nord. Des personnes très pauvres, prises en charge, en partie, par l’État. La mère ne sait que penser. Une voisine lui souffle cette explication : « C’est un viol ». Cette voisine communique sur Facebook. Un « témoignage ». La voilà qui dénonce le « viol » de la fille d’une de ses « amies ». Son post est partagé. Surtout par les parents de l’École communale n°1 qui se regroupent devant celle-ci le lendemain et exigent la vérité. Une exigence compréhensible, légitime et qui aurait eu lieu, dans n’importe quelle commune du Royaume. Les enfants, c’est sacré. À Schaerbeek comme à Knokke le Zoute. L’école schaerbeekoise poussera les parents à faire examiner leur fille. D’abord à l’hôpital Paul Brien qui ne décèle rien d’évident. Puis à l’hôpital St Pierre, spécialisé dans les violences sexuelles. Qui n’en décèle aucune non plus. Cependant, après cette dernière consultation, la maman de la petite fille, poussée par son amie, dépose plainte pour suspicion de violence sexuelle. Jusque là, tout est encore calme. Mais c’est un acte communautariste qui va mettre le feu aux poudres.

Une vidéo « turkish only »

Quelles sont les motivations qui ont poussé Yusuf Yildiz à communiquer sur le sujet ? Mystère. Notons que l’homme d’origine turque, coiffeur de formation reconverti dans la sécurité, est conseiller communal à Schaerbeek. Qu’il est passé de DéFi – le parti du bourgmestre Bernard Clerfayt – au cdH et qu’il se présente sous cette couleur aux prochaines élections régionales. Notons également que la Turquie est actuellement très secouée par le viol d’une fillette de cinq ans survenu il y a dix jours à Istanbul. Une émotion partagée, donc, par l’opinion turque tant dans le pays que dans la diaspora. Yusuf Yildiz agit peu avant le weekend. L’élu – qui a prêté serment à la Constitution et aux lois du peuple belge – enregistre un message vidéo, en turc uniquement, et le diffuse sur les réseaux sociaux. Cette vidéo a été partagée 125.000 fois. Et propage, en tous les cas selon Bernard Clerfayt, qui annonce vouloir déposer plainte pour incitation à la haine, un appel à la violence. Pourquoi ? Le conseiller communal met en cause le travail de la justice belge et ses futures conclusions qui « masqueront la vérité« .

Un début de semaine chargé

Les esprits se sont bien échauffés durant le weekend. Lundi, certains parents ont décidé de ne pas confier leur(s) enfant(s) à « l’école de pédophiles ». Les enseignants de l’école sont interpellés, pris à partie, à tout le moins, cibles de pressions. La justice, elle, travaille. Plus de 15 personnes s’occupent du dossier. Lorsque mardi, elle rend ses conclusions, elle réalise, selon toute vraisemblance, la prédiction de Yusuf Yidliz. Elle exclut totalement l’agression sexuelle. La petite fille souffre d’une infection. Les parents, chauffés par les réseaux sociaux, ne sont pas prêts à accepter la vérité. En tous cas pas celle-là. C’est alors que tout explose, rue Josaphat. Des parents et des jeunes gens du quartier – habité majoritairement par des Turcs d’origine – se livrent aux dégradations que l’on sait. Le bourgmestre décide de fermer l’école. « Pas pour donner raison à la fureur populaire, mais bien pour protéger le personnel ». Depuis, la police veille. Que redouter ? Graffitis, incendie ? Aux dernières nouvelles les parents de la petite fille commencent à comprendre et à accepter la nouvelle. Ils s’apprêtent à rencontrer les enquêteurs. Et doivent, peut-être, songer à prendre du recul vis-à-vis de certaines amies et des réseaux sociaux…

Sur le même sujet
Plus d'actualité