Augmentation des plaintes pour actes homophobes: la parole se libère

En 2018, Unia a traité 125 cas de personnes se sentant victimes de discrimination en raison de leur homosexualité. C’est une augmentation de 38% par rapport à la moyenne des cinq dernières années, mais c’est aussi le signe que les victimes osent de plus en plus porter plainte.

© Dimitar Belchev / Unsplash

84 dossiers en 2017, 104 dossiers en 2016… et 125 en 2018. L’institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination traite de plus en plus de dossiers liés à l’homophobie. Si l’on peut d’abord s’inquiéter (à juste titre) de cette augmentation, elle est cependant à relativiser. Face à ces chiffres, « on ne peut pas conclure que la Belgique est devenue plus homophobe« , nous dit-on chez Unia. On peut par contre conclure que les victimes d’agressions ou de discriminations homophobes en parlent davantage et portent plus plainte qu’auparavant. « Je fais souvent le parallèle avec le mouvement #metoo, explique Lode Nolf, attaché de presse chez Unia. On savait qu’il y avait des attouchements sexuels sur les femmes dans certains milieux, et maintenant elles disent stop. On dénonce, on le dit, on le revendique. C’est la même chose pour les LGBTQI+. Si le nombre de dossiers augmente, c’est parce que (les agressions et discriminations) sont plus signalées. Les gens n’acceptent plus ça et ne se cachent plus. S’il y a agression, on porte plainte. La parole s’ouvre ».

Ce qu’observe particulièrmenet l’insitution, c’est que le nombre d’agressions homophobes augmente lors de périodes bien spécifiques, comme la Gay Pride. Malgré une certaine ouverture d’esprit dans notre pays (mariage homosexuel légal depuis 2003), l’homosexualité « visible » continue de déranger certains : « C’est quand c’est plus visible, que les gens se tiennent la main ou s’embrassent en public, que l’esprit homophobe revient », confirme Lode Nolf.

Les agressions physiques, souvent médiatisées, ne sont que la pointe de l’iceberg. Les LGBTQI+ peuvent également être victimes de « hate speech » sur Internet ou de discrimination dans la vie de tous les jours: le travail, l’école, les magasins, les bars ou encore l’accès au logement.

Du commissariat au tribunal

Plus de dossiers, c’est donc plus de plaintes. Cette libération de la parole a notamment été permise par un meilleur accueil dans les commissariats, nous confirme-t-on chez Unia. « Si vous êtes victime et que vous voulez porter plainte, vous pouvez demander expressément d’être reçu par une personne formée dans ces matières. C’est important ». Et grâce à la « circulaire relative à la politique de recherche et de poursuite en matière de discriminations et de délits de haine », une réelle collaboration s’est installée entre la police et Unia : « s’il le faut, on peut se porter partie civile ». Unia est ainsi allée en justice cinq fois en 2018 dans le cadre de dossiers homophobes. Les trolls anonymes sont également de plus en plus poursuivis. En juin dernier, un tribunal belge avait condamné un utilisateur anonyme de Twitter qui harcelait une femme sur le réseau social. Une première en Belgique. Un procès du même type est actuellement en cours, et concerne des insultes homophobes.

Si l’on peut se « réjouir » de cette meilleure prise en charge des victimes d’homophobie, la réelle bonne nouvelle sera d’annoncer que l’homophobie est de l’histoire ancienne. Ce n’est malheureusement pas demain la veille. En 2016, Unia publiait un sondage dans lequel 49% des personnes interrogées ne trouvaient « pas naturel du tout » le sexe entre hommes. « Cela traduit le chemin qui reste à parcourir : l’homosexualité est tolérée mais pas encore acceptée« .

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