Ecolo, ses yoyos et son chiffre neuf

Trente ans de résultats en dent de scie plus tard, le parti Ecolo se présente gagnant aux élections du 26 mai prochain. Ce score sera-t-il cette fois durable ? Décryptage.

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Le vent neuf d’Ecolo

Ecolo a enregistré ses victoires et ses participations au pouvoir en 1999, en 2009 et peut-être bien en 2019. Les numérologues s’en donneront peut-être à cœur joie. Ecolo a pour chiffre magique le « 9 » et, précisément, ils se targuent de venir avec du neuf. Le dernier sondage (Kantar-La Libre-De Standaard-RTBF-VRT) trace cette voie. Les écolos sautent la barre magique des 20% d’intentions de votes à Bruxelles alors que le PS, et surtout le MR, passent en-dessous. En Wallonie, les écolos talonnent le PS avec un PTB très en forme. La gauche a tellement le vent en poupe que Bart De Wever a réagi ainsi : « l’angoisse me saisit à la gorge quand je vois le résultat du sondage. En Wallonie, près de 60 % des gens votent pour la gauche ou l’extrême gauche ». Selon le boss des nationalistes, Ecolo et Groen pourraient, ensemble, devenir le groupe le plus important. « Et Kristof Calvo (leader de Groen) pourrait alors se retrouver au 16. C’est ce à quoi nous devons nous opposer », a-t-il ajouté. Calvo a d’ailleurs de son côté signalé cette même polarité : la N-VA et Groen ont des programmes inconciliables. Ce serait jaune ou vert mais pas un peu des deux. Voilà l’affrontement. Voilà la nouveauté 2019.

Les yo-yos d’Ecolo

Ecolo est un parti trentenaire, ce qui lui donne encore une certaine jeunesse et un peu de fraîcheur. Depuis ce temps, les verts ont expérimenté un parcours en dents de scie, avec des catastrophes électorales qu’aucun parti traditionnel n’a jamais encaissé. D’une élection à l’autre, Ecolo a connu l’engouement et la désillusion. Plusieurs raisons à cela. Ecolo ne bénéficie pas d’un matelas d’électeur ni d’un tuteur syndical. Les verts n’ont pas de pilier traditionnel même s’ils se sont forgés un réseau petit à petit. Ils pensent d’ailleurs avoir, ces cinq dernières années, installé une certaine durabilité dans leur parti. En attendant, cette particularité leur donne « une fragilité et une force en même temps parce que cela leur offre une grande liberté », analyse José Cordoville, consultant en communication politique. « Aucune autre formation politique n’a autant la capacité à se ressaisir. D’autres formations doivent se contenter de résister à leur propre érosion ». Ce n’est pas le cas d’Ecolo. L’électeur d’Ecolo a un profil particulièrement exigeant. Il vote pour le changement et lorsqu’il n’est pas au tournant, il change de camp. C’est ce que le passé a démontré. L’exercice du pouvoir n’a pas vraiment réussi aux écologistes jusqu’ici. Il faut dire que la critique est une vertu qui est pratiquée jusqu’en interne, et peut-être surtout là. Le parti s’est montré hier déchiré entre son aile gauche et son aile droite, entre ses fondamentalistes et ses pragmatiques. Il se montre aujourd’hui plus apaisé. Réussira-t-il cette fois à avancer groupé ?

Le momemtum d’Ecolo

Quoiqu’il s’en défende un peu, Ecolo n’a nul besoin d’aller chercher ailleurs ses électeurs si ce n’est sur son propre core business, la cause environnementale. L’heure a sonné pour le climat. La jeunesse a tempêté. Tout le monde a marché. Et tous les autres partis, malgré leurs efforts, se montrent à la remorque d’Ecolo sur cet enjeu qui s’est imposé au premier plan. Les écolos prônent donc, par exemple, la fin de la voiture de société. Lorsqu‘Isabelle Durant, ministre écolo sous Verhofstdadt en 2009, parlait de cela, elle agitait un tabou qui faisait s’étrangler la plupart des gens. Aujourd’hui, la voiture de société est toujours un salaire apprécié mais on peut en parler. « En 30 ans, la spécificité d’écolo est remontée de la position marginale à la pôle-position. C’est la première fois que nous avons une pré-campagne sur l’environnement », souligne José Cordoville. Ecolo est dans un momemtum. Il marche d’ailleurs sur la pointe des pieds et sur des œufs. Nous voulions interviewer leur président dans Moustique. Jean-Marc Nollet a décliné, arguant qu’il ne commentait pas les sondages. Nous aurions aimé savoir à quelles conditions les écolos, poussés par cette vague franchement verte, iront au pouvoir au lendemain du 26 mai. La question reste ouverte.

 

 

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