Drogue : faut-il s’inquiéter de la consommation du protoxyde d’azote ?

Le "proto" serait le troisième produit psychoactif le plus consommé chez les étudiants. Inhaler ce gaz hilarant peut entraîner des séquelles neurologiques définitives. Le problème ? Le produit est accessible à n’importe qui en grande surface, à un prix dérisoire…

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C’est la saison des fraises ! Et quoi de mieux pour accompagner les succulents fruits rouges qu’une bonne dose de crème chantilly ? Dans les rayons des supermarchés, les bonbonnes contenant la crème fouettée sucrée sont dévalisées en cette période de l’année. Saviez-vous que lorsque vous asperger vos desserts avec le condiment, vous vaporisez également un produit psychotrope très à la mode dans l’atmosphère ? Il s’agit de protoxyde d’azote, et il sert de gaz propulseur aux bonbonnes de crème chantilly. Également utilisé en médecine comme léger anesthésiant, c’est aussi un puissant gaz à effet de serre (298 fois plus puissant que le CO2). Mais il est surtout connu comme « gaz hilarant ».

Des recharges de « proto » (pour les intimes), sous forme de petites capsules métalliques, se vendent à des prix dérisoires dans le commerce, ce qui séduit les populations précarisées, mais aussi les étudiants qui vident leur contenu dans des ballons de baudruche avant de l’inhaler en l’aspirant d’une grande bouffée…. Et d’éclater de rire quelques instants plus tard.

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Hélium inversé

Les effets à court terme sont rapides et fugaces. Ils commencent quinze à trente secondes après l’absorption et se terminent au bout de deux à trois minutes. Le protoxyde d’azote entraîne une modification de la voix qui, à l’inverse de l’hélium, devient très grave. S’ensuit une sensation d’euphorie et de bien-être, une désinhibition, des effets de flottement, une impression d’alourdissement des membres et des distorsions visuelles et auditives. En dehors des risques de brûlures irréversibles causées par le froid si le gaz est inhalé ou mis en bouche au moment de sa décompression, une dose trop importante peut causer nausées, vomissements, vertiges et hallucinations.

Ce n’est déjà pas très joli comme ça mais, à long-terme, les conséquences peuvent s’avérer bien pires : troubles neurologiques définitifs tels que des tremblements ou des difficultés à coordonner ses mouvements, dépendance psychologique, anémie et atteintes aux moelles osseuse et épinière… La consommation excessive de ce gaz aurait déjà provoqué 17 décès en Angleterre et deux en France l’an dernier, ce qui a poussé des sénateurs de la région lilloise à cosigner une proposition de loi pour interdire la vente des petites capsules aux mineurs afin de stopper ce « fléau ». 

Un danger pour les jeunes belges ?

Alors faut-il imiter nos voisins et interdire la ventre de crème chantilly avant 18 ans? « Interdire le produit ne ressoudera rien, bien au contraire. Tout devient alors clandestin, et on ne peut plus rien contrôler« , réagit Antoine Boucher, chargé de communication de l’asbl Infor-Drogues à Bruxelles. Dans les rues de la capitale, en particulier devant les lieux de sorties nocturnes, il n’est pas rare de voir les petites capsules métalliques joncher le sol, mais il faut en relativiser le danger. « L’alcool et le tabac sont autrement plus toxiques, et on les trouve aussi en libre accès partout sur le marché. Nous interrogeons régulièrement nos collègues qui se chargent de la permanence téléphonique au sujet du protoxyde d’azote, mais nous sommes plus souvent sollicités par des journalistes à ce sujet que par des personnes inquiètent ou en détresse« , remarque le spécialiste.

Mais recevoir peu d’appels ne signifie pour autant pas qu’il n’y a pas de consommation. « Auparavant, on avait beaucoup d’appels à propos l’ecstasy. Maintenant, pratiquement aucun. Ça ne veut pas dire qu’on n’en consomme plus, mais que l’inquiétude est retombée. Les gaz comme le protoxyde d’azote ne sont pas très connus du grand public. Ces substances-là font l’objet de consommation plutôt sociale, en groupe et entre jeunes adultes. Leurs parents ne s’en rendent donc pas compte et ne nous contactent pas. Ce sont majoritairement les proches qui appellent le centre parce qu’ils sont inquiets. Les consommateurs ne le font souvent que lorsqu’il y a un problème. Tant que l’appareil marche, on n’appelle pas le service après-vente… »

Infor-Drogues n’a pas encore eu a traité une situation concernant du protoxyde d’azote à ce jour. Aucune raison de céder à la psychose donc, mais il vaut mieux prévenir que guérir.

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