Le beau monde de Vincent Peiffer: Généreux bienfaiteurs

Notre-Dame de Paris: les plus fortunés décident quand, combien et pour qui ils donnent…

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François Pinault: clic, 100 millions! Groupe Total: clic, 100 millions aussi! Bernard Arnault et LVMH: clic, 200 millions! Bettencourt et L’Oréal: clic, 200 millions! Un milliard de dons récoltés en deux jours! Quelle belle générosité des plus grasses fortunes de France! Devant les flammes de l’enfer, ils n’ont pas hésité à donner par gros paquets, d’un coup de clic sur leur PC Banking! Fantastique. Parce qu’il n’y a pas à tournicoter: comme il faut rebâtir Palmyre en Syrie, il faut reconstruire Notre-Dame. Sérieux: c’est notre patrimoine (chrétien ou pas, on s’en cale), c’est aussi du génie bâtisseur de l’homme qui est là, embrasé. Donc bravo les gars!

En plus, dites donc, nos généreux donateurs renoncent à la déduction fiscale de leurs dons, des fois qu’on soupçonnerait une entourloupe (de plus) pour se racheter une conduite auprès des gueux. Mais ça me gratte quand même aux entournures. Pas vous? Parce que, le reste du temps, nos mêmes généreux bienfaiteurs passent leur temps en ingénierie, en évasion, voire en fraude fiscale pour ne surtout pas payer ce qu’ils ont à payer: des impôts. C’est comme ça qu’ils ont amassé leurs magots.

On peut débattre à l’infini de ce foudroyant Téléthon des ultra-riches pour les pierres et les bois de Notre-Dame, alors qu’ils font tout, obstinément, pour ne surtout pas participer à la solidarité nationale lorsqu’il s’agit d’humains, en versant normalement leurs contributions à l’État. Un écœurement résumé à sa manière par le père Gilbert: “Faut-il que les SDF s’enflamment pour qu’on les aide?” Il faudrait les deux: aider les hommes et les pierres. C’est le cas, d’ailleurs. Mais chacun son rôle…

Au XXIe siècle, les moyens, les petits et les (un peu) moins pauvres paient pour les pauvres. Tandis que la caste des méga-riches du pouvoir financier fait comme elle veut. Elle donne quand et ce qu’elle veut. Comme les seigneurs du Moyen Âge, qui pillaient, asservissaient, puis redistribuaient parfois (un peu) selon leur bon vouloir. Pour plaire à Dieu. Les seigneurs d’aujourd’hui cassent (une toute petite partie de) leur tirelire pour des pierres. Il faudra que je demande à Dieu s’ils ont gagné leur place au Paradis…

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