20 ans après, qu’a changé la tuerie de Columbine?

Ce samedi 20 avril, les Américains commémoreront les 20 ans de la fusillade du lycée de Columbine. Si la tuerie a traumatisé toute une nation, l'Oncle Sam n'a toujours pas retenu la leçon : le lobby des armes reste surpuissant aux États-Unis. Qu'en est-il ailleurs ?

Belga

Le 20 avril 1999, dans le lycée de Columbine situé près de la ville de Littleton dans l’État du Colorado, Eric Harris et Dylan Kleblod (respectivement, 18 et 17 ans), assassinent 12 élèves et un de leur professeur avant de se donner la mort. 24 autres personnes sont blessées dans ce qui, à l’époque, devient le troisième massacre le plus sanglant perpétré dans une école aux États-Unis. Moins meurtrière que les attentats de Bath Consolidated School (45 victimes en 1927) et de l’Université du Texas (16 morts en 1966), la tuerie de Columbine, plus récente, est davantage ancrée dans la conscience collective de par la couverture médiatique dont à fait l’objet l’événement. Le drame est d’autant plus traumatisant qu’il a été perpétré par des adolescents, sur un mode opératoire glaçant.

Devenu lieu de pèlerinage et centre d’un culte morbide, le lycée de Columbine n’est pas le seul établissement scolaire à avoir été ciblé par des attaques au cours des deux dernières décennies. La tuerie en a inspiré d’autres au pays de l’Oncle Sam… En avril 2007, une fusillade fait 33 morts sur le campus de l’université de Virginia Tech (Virginie). En décembre 2012, 28 personnes dont 20 enfants sont assassinés au cours de la tuerie de l’école primaire Sandy Hook (Connecticut). Plus récemment, le 14 février 2018, 17 personnes meurent dans la tuerie de Parkland, perpétrée dans le lycée Marjory Stoneman Douglas (Floride).

Pourtant, malgré ces drames et les nombreuses autres tueries de masse perpétrées ces dernières années sur son territoire, le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis adopté en 1791 – qui reconnaît la possibilité pour le peule américain de constituer une milice pour contribuer à la sécurité d’un État libre garantissant en conséquence à tout citoyen le droit de porter des armes – n’a pas bougé d’une ligne (ou à peine)… Il est protégé par le puissant lobby des armes à feux, le même qui a soutenu et porté Donald Trump à la Maison Blanche. Le président ne manque d’ailleurs jamais une occasion de déclarer que les victimes d’attaques auraient pu mieux se défendre si elles avaient été équipées d’une arme…

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La législation en Occident

À chaque fois qu’un massacre a eu lieu, le reste du monde a fait part de sa consternation devant l’immobilisme américain. Donneurs de leçon, les pays occidentaux sont-ils pour autant irréprochables en matière de législation ? Petit tour d’horizon.

Canada

Voisin direct des États-Unis, le Canada a lui aussi été traumatisé par une tuerie perpétrée il y a 30 ans en milieu scolaire. Le 6 décembre 1989, l’attentat masculiniste de l’École Polytechnique de Montréal fait 14 morts (essentiellement des femmes) et entraîne un mouvement social et politique qui débouche sur l’adoption d’une loi rendant obligatoire l’enregistrement de toutes les armes à feu canadiennes dans le Registre canadien des armes à feu créé en 1995. Celui-ci a finalement été aboli en 2012 (sauf au Québec)…

Les carabines et les fusils sont souvent classés sans restriction. Quelques armes semi-automatiques ou d’une certaine longueur sont à autorisation restreinte. Les pistolets, les armes à canons sciés et les armes automatiques sont prohibés. Depuis l’attentat de Montréal, cinq autres fusillades ont eu lieu en milieu scolaire au Canada.

Nouvelle-Zélande

À la suite de l’attentat de Christchurch du 15 mars dernier, qui ont fait 50 morts (tué par un le fanatique d’extrême-droite australien Brenton Tarrant), la première ministre Jacinda Ardern a annoncé le 21 mars dernier l’interdiction des armes semi-automatiques et fusils d’assaut sur le territoire néo-zélandais. De nombreux Kiwis ont spontanément remis leurs armes aux autorités après à l’attaque.

Finlande

De manière assez surprenante, la Finlande (souvent désignée comme un modèle de la démocratie au sein de l’Union européenne), dispose d’une législation plutôt tolérante en matière d’armes à feu. Toute personne de plus de 15 ans (!)  peut être autorisée à en détenir une si elle possède un permis de chasse ou d’appartenir à un club de tir. On estime que 56 % de la population finlandaise et 38.000 adolescents en détiennent une.

Royaume-Uni

Outre-Manche, la tuerie de Dunblane perpétrée en 1996 (16 enfants de quatre à six ans ainsi que leur institutrice tués dans une école en Écosse) donna lieu à un contrôle des armes à feu radical en Grande-Bretagne. Toute détention d’arme fut interdite aux privés par le gouvernement de l’époque. Ceci, à l’exception de l’Irlande du nord, qui garde un taux de détention d’arme à feu élevé et des lois moins sévères.

Suisse

Le pays de la neutralité perpétuelle jouit d’une législation très libérale concernant les armes… La Suisse se trouve au quatrième rang mondial au nombre d’armes légères détenues par ses citoyens, avec 46 armes à feu pour 100 habitants (!). Avec 0,7%, le pays a l’un des taux d’homicide volontaire les plus faibles du monde. En revanche, le taux de suicide par armes à feu y est le plus élevé d’Europe (entre 24 et 28% contre 20% en Finlande, 16% en France, et 8% en Allemagne).

France

En 2009, il y aurait eu jusqu’à 10 millions d’armes à feu détenues légalement en France (!), la plupart par des chasseurs et des collectionneurs. Depuis le 6 septembre 2013, les armes sont administrativement et législativement classées en quatre catégories : les matériels de guerre et armes interdits à l’acquisition et à la détention pour les civils ; armes soumises à autorisation pour l’acquisition et la détention ;  armes soumises à déclaration pour l’acquisition et la détention ; armes soumises à enregistrement et armes et matériels dont l’acquisition et la détention sont libres. Pour le détail, c’est par ici.

Et en Belgique ?

La loi permet de détenir des armes pour le tir sportif et récréatif en faisant une demande d’autorisation de détention auprès du gouverneur responsable du lieu d’habitation du demandeur. Pour recevoir cette autorisation, il faut fournir un extrait de casier judiciaire vierge, un certificat médical et les documents prouvant la réussite à l’examen théorique et pratique de manipulation d’arme à feu. Il est également nécessaire que les personnes cohabitant avec le demandeur marquent leur accord. Il est également possible d’obtenir une licence de tireur sportif, qui autorise à acheter certaines armes sur simple déclaration.

Enfin, il existe également une catégorie d’armes, dites « armes de panoplie » qui nécessite un agrément de collectionneur ou d’un agrément spécial, sans munitions toutefois. Cette catégorie d’armes englobe celles qui sont dépassées ou dont le calibre est très peu répandu.

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