Pourquoi les millions d’euros de dons pour reconstruire Notre-Dame dérangent?

Les grandes fortunes se bousculent au chevet de la cathédrale. Mais leurs beaux gestes comportent certains avantages. Fiscaux.

belgaimage-148214224-full

Depuis l’incendie qui a frappé Notre-Dame lundi soir, les promesses de dons tombent de toutes parts. Les trois familles les plus riches de France n’ont pas hésité à ouvrir leur compte en banque pour venir au secours de ce bâtiment emblématique construit au 12ème siècle, symbole de la nation et jalon dans l’histoire de notre civilisation. Les milliardaires des géants du luxe LVMH, Kering et L’Oréal se sont engagés mardi à verser 500 millions d’euros. LVMH et son PDG, Bernard Arnault, ont promis 200 millions d’euros, rejoints par la famille Bettencourt Meyers, qui contrôle L’Oréal. La famille Pinault, qui exploite le conglomérat de luxe Kering, a annoncé une contribution de 100 millions d’euros. Les trois dynasties de la mode ont invoqué le patriotisme et partagé l’identité culturelle pour expliquer leur générosité à la suite de l’incendie dévastateur. Un « altruisme » encouragé par le système de fiscalité français, qui permet aux mécènes de réduire fortement leurs impôts.

Un élan de générosité

Des chiffres astronomiques et un étalage d’argent qui peuvent poser question… Mais qui n’est pas sans pareil. Chaque accident, chaque catastrophe, provoque un élan de générosité assez conséquent de la population. Après le passage de l’ouragan Irma et Maria qui ont dévasté les côtés Caraïbes, près de dix millions d’euros avaient été récoltés par la seule Fondation de France pour aider les habitants des îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Même élan de solidarité qui a également été constaté à la Nouvelle-Orléans, dévastée en août 2005 par l’ouragan Katrina. Pour sa reconstruction, 42 milliards de dollars ont été injectés par l’Etat fédéral. Une somme à laquelle se sont ajoutés plus de 600 millions de dollars de donateurs anonymes.

L’émotion provoquée par la destruction d’une partie de la cathédrale Notre-Dame et les millions d’euros récoltés en quelques heures à peine ont également incité des donateurs étrangers à faire de même pour des lieux de culte beaucoup plus petits, situés à des milliers de kilomètres et récemment détruits par des incendies criminels. Une campagne de financement participatif pour trois églises ravagées par le feu en Louisiane a reçu plus de 750.000 dollars après avoir été largement partagée sur les réseaux sociaux.

belgaimage-148177441-full.jpg

Francois-Henri Pinault – photo: Belga

Mais le milliard d’euros récolté pour la reconstruction de Notre-Dame a suscité de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, dans une France marquée par des mois de manifestations des gilets jaunes. Les ristournes fiscales aussi. En effet, la majorité de ces promesses de dons vont être défiscalisés à 60% pour une entreprise, à 66% pour un particulier, voire à 90% si le gouvernement décide de leur appliquer la ristourne prévue par la loi pour le mécénat relatif aux  « trésors nationaux ». Autrement dit, ce sont les pouvoirs publics qui vont assumer une partie des dons pour compenser les impôts perdus. « Que l’oligarchie donne pour Notre-Dame, c’est bien. L’exemplarité fiscale serait encore mieux. La bonne conscience ne cache pas la misère et l’austérité« , a ainsi dénoncé sur Twitter, comme de nombreux autres, Benjamin Cauchy, l’une des figures des gilets jaunes.

La famille Pinault a toutefois annoncé aujourd’hui qu’elle abandonnait les déductions fiscales auxquelles elle avait droit. « Le don pour Notre Dame de Paris ne sera utilisé pour aucune déduction fiscale. Pour la famille Pinault, il est hors de question que les contribuables français assument ce fardeau « , a déclaré François-Henri Pinault.

Sur le même sujet
Plus d'actualité